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Nicolas Boutan : Université de Bordeaux
A l'heure des critiques de l'obsolescence programmée et de la gestion problématique des déchets se dessine un champ d'action directement orienté vers la suggestion du neuf : celui de la sélection. Face à la masse d'informations s'impose une sélection intelligente et stratégique : la curation. Les curateurs n'hésitent plus entre « faire du neuf » ou ne rien faire et étendent leurs services à tous les domaines saturés. Le commissaire d'exposition (exhibition curator) est un de ceux-là. Il exerce au cœur du musée d'art contemporain un pouvoir de désignation parmi les possibles et propose une lecture subjective des œuvres d'art conservées dans un souci patrimonial. Si la curation consiste à « prendre soin » des objets ou des œuvres et à les organiser en des narrations intelligibles, on peut cependant s'interroger sur les mobiles et déviations d'un tel souci car il prend bien souvent les habits d'un manifeste ou d'une illustration politique. En favorisant l'apparition de navigations possibles à travers des données en perpétuelle augmentation et promises à la désuétude, les curateurs s'imposent aussi sur Internet où ils transforment et actualisent des flux en scenarii séduisants.
La société de consommation contemporaine a promu l’objet « flambant neuf » immaculé, l’objet « toujours neuf » de l’obsolescence programmée, l’objet « plus neuf que le tien » pris dans la rivalité mimétique, comme horizon indépassable des aspirations individuelles. Assujettis à cette politique du neuf, les individus se modèleraient ainsi sans considération pour les histoires singulières émanant de leurs usages et des objets qui meublent leur vie. L’histoire du design au XXe siècle est intimement mêlée à la promotion de cette subjectivité contemporaine, lisse et étincelante. À l’aube de la démocratie participative, dans le sillage du web 2.0, et alors que s’édifie une société de la durabilité, le design est-il ainsi condamné à créer du neuf et à enfermer les aspirations individuelles dans ce mode de renouvellement de soi?
Ce colloque cherche à explorer les rapports entre le design et des démarches de subjectivation créatives à partir d’une critique politique du « neuf » qui couvre les polarités du nouveau et de l’ancien, du vierge et du recyclé, du frais et du périmé, du propre et du sale, etc.
Deux axes d’exploration seront proposés. Le premier axe abordera le lien entre design et subjectivation à l’aune du déplacement actuel du centre de gravité des pratiques de design qui s’intéressent dorénavant moins à l’objet qu’aux systèmes d’usage. Comment des démarches de design peuvent-elles réinventer localement et délibérativement des styles de vie en combinant des services et de multiples objets, neufs comme usés, à l’intérieur de scénarios? Le second axe s’attachera à examiner le design dans le cadre de l’alternative entre « faire du neuf » ou ne rien faire. Quels enjeux de design sont soulevés par la valorisation de la trace personnelle laissée par l’usage sur l’environnement matériel?
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