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Catherine Dussault Frenette
L'adolescence est une période critique dans la vie des jeunes filles. Avant même qu'elles s'initient à la sexualité, leur corps acquiert une valeur sexuelle, déterminée par le discours masculin dominant. Ainsi, lorsque naît leur désir, celui-ci prend forme dans un corps déjà soumis à de multiples injonctions, un corps qui, somme toute, leur est étranger. D'un autre côté, dès les premiers émois, les scripts sexuels dominants (Gagnon) dictent aux adolescentes la place d'objet du désir passif et définissent leur sexualité en tant que réponse à la sexualité masculine. Dans un tel contexte, exprimer ouvertement son désir, pour les jeunes filles, relève de la transgression.
Nous nous pencherons ici sur le personnage de Catherine, narratrice du roman Le premier été d'Anne Percin (2011). Nous visons à démontrer que le désir énoncé par celle-ci relève d'une double transgression. L'objet du désir féminin, dans le roman de Percin, est un jeune homme déficient vivant aux abords du village où séjourne Catherine. Le désir de l'adolescente pour celui qui, aux yeux de tous les villageois, est indésirable, subvertit en lui-même les codes traditionnels de la sexualité. Nous postulons également que ce désir permet de mettre en valeur, d'une part, la transgression des scripts sexuels établis et, d'autre part, l'expérimentation d'une sexualité inédite, liée à ce que la narratrice désigne comme « [s]a sauvagerie » (PE : 142).
La notion de désir a jusqu’ici été pensée comme appartenant au masculin, tandis qu’au féminin il incombe d’incarner l’objet du désir de l’homme. Depuis peu, les femmes s’approprient le discours érotique. Émancipées qu’elles sont des injonctions à la pudeur, elles projettent désormais la possibilité d’une subjectivité désirante.
Dans la mesure où les textes littéraires reconduisent les scripts sexuels (Gagnon) dominants, reposant sur la dyade Homme-sujet-actif-désirant/Femme-objet-passif-désiré, on peut affirmer, avec De Lauretis, qu’ils constituent une technologie du genre – cela se reflète tant dans la syntaxe érotique (« Il la prit », « Elle se donna à lui ») que dans la représentation des scènes sexuelles et, plus largement, dans la façon dont circule le désir.
Aussi, ce colloque se penchera sur la figure de la femme désirante dans les productions littéraires et médiatiques contemporaines, celles-ci entendues dans leur sens large, incluant aussi bien la culture des médias que celle des arts médiatiques.
Les productions culturelles se voient-elles transformées par la prise de parole des femmes? Les créateurs masculins prennent-ils acte de cette nouvelle possibilité d’une subjectivité désirante au féminin, la mettent-il en jeu dans leurs textes littéraires et autres productions culturelles?
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