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Du neuf pour exister : designer l'existant

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Stéphanie Cardoso : Université de Bordeaux

Résumé de la communication

Du neuf pour faire propriété, exister et s'identifier au sein d'une société. Le neuf permet de mieux se montrer, d'apparaître, ou de commencer à être, de devenir visible au cœur d'une société valorisant la surconsommation et le paraître. L'humain à travers son corps faillible et périssable devient lui aussi obsolète et objet à l'image des modèles sur papier glacé, une identité à sculpter (Orlan, Self hybridations, 1998-2002). Ces corps périmés, ramenés à l'état neuf par le biais de la chirurgie esthétique, se risquent à perdre à la gloire du neuf, âme, mémoire et filiation. Le corps lissé et rénové propose une image renouvelée du soi, une image façonnée à l'essaim de ces artefacts brillants. Intimement lié à un marché économique individualiste et hédoniste, le neuf mène à une obsolescence programmée. Au cœur de cette conjoncture où la production et la consommation de signes sont remises en question, il ne s'agit plus pour le design de concevoir du neuf mais bien d'innover dans une logique de pointe (A. Hatchuel, 2006). Cette opération ne se limite pas à créer de nouvelles valeurs mais à créer de nouveaux êtres, commencer à être : de nouveaux modes à partir du neuf comme de l'usagé. A l'heure des technologies pervasives et de l'homme augmenté (B. Claverie, 2010), le neuf se créé en réseau dans une multi-dimensionnalité et une démocratie participative : une autopoïèse pour le design.

Résumé du colloque

La société de consommation contemporaine a promu l’objet « flambant neuf » immaculé, l’objet « toujours neuf » de l’obsolescence programmée, l’objet « plus neuf que le tien » pris dans la rivalité mimétique, comme horizon indépassable des aspirations individuelles. Assujettis à cette politique du neuf, les individus se modèleraient ainsi sans considération pour les histoires singulières émanant de leurs usages et des objets qui meublent leur vie. L’histoire du design au XXe siècle est intimement mêlée à la promotion de cette subjectivité contemporaine, lisse et étincelante. À l’aube de la démocratie participative, dans le sillage du web 2.0, et alors que s’édifie une société de la durabilité, le design est-il ainsi condamné à créer du neuf et à enfermer les aspirations individuelles dans ce mode de renouvellement de soi?

Ce colloque cherche à explorer les rapports entre le design et des démarches de subjectivation créatives à partir d’une critique politique du « neuf » qui couvre les polarités du nouveau et de l’ancien, du vierge et du recyclé, du frais et du périmé, du propre et du sale, etc.

Deux axes d’exploration seront proposés. Le premier axe abordera le lien entre design et subjectivation à l’aune du déplacement actuel du centre de gravité des pratiques de design qui s’intéressent dorénavant moins à l’objet qu’aux systèmes d’usage. Comment des démarches de design peuvent-elles réinventer localement et délibérativement des styles de vie en combinant des services et de multiples objets, neufs comme usés, à l’intérieur de scénarios? Le second axe s’attachera à examiner le design dans le cadre de l’alternative entre « faire du neuf » ou ne rien faire. Quels enjeux de design sont soulevés par la valorisation de la trace personnelle laissée par l’usage sur l’environnement matériel?

Contexte

section icon Thème du congrès 2012 (80e édition) :
Parce que j’aime le savoir
manager icon Responsables :
Christophe Abrassart
section icon Date : 10 mai 2012

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