pen icon Colloque
quote

Du silence du « peuple subalterne » au cri de la « plèbe indigène »?

JG

Membre a labase

José Antonio Giménez Micó : Université Concordia

Résumé de la communication

Le problème principal de la «subalternité» comme catégorie théorique et critique, c'est qu'elle tend à réduire les groupes marginalisés à la subordination la plus absolue et à la triste condition de victimes passives et muettes d'une hégémonie présupposée comme étant toute-puissante et -ce qui est plus problématique- éternelle. Le projet de recherche que je suis en train de construire essaie d'éviter cette sorte de dogme immuable de la critique des dernières décennies à travers la problématisation ou, plus modestement, la relativisation de la notion de «subalternité». Pour ce faire, je fais dialoguer ce concept avec d'autres notions parallèles,lesquelles pourraient permettre aux groupes marginalisés de s'échapper de leur triste condition de victimes.Il s'agit de la «plèbe» (un concept universel, tel qu'il est entendu par Martin Breaugh) et le «bloc plébéien-indigène», notion spécifique au contexte andin, développée par le groupe Comuna (Bolivie). L'application de ce concept hybride «subalterne/plébéien/plébéien-indigène» permettra, ou tout au moins ainsi je l'espère, d'aller au-delà de la pétrification du «subalterne” afin de commencer à ouvrir la voie à une véritable «invention de l'autre» dans le sens étymologique du terme tel que Derrida l'entend: «faire venir» l'altérité, l'écouter, parler véritablement avec elle.

Résumé du colloque

Ce colloque s’articule autour du concept de « plèbe », permettant d’aborder des groupes subalternes qui, par la nature hétérogène des individus qui les composent, peuvent difficilement être catalogués d’emblée comme des « classes » ou des « ethnies », ou sous n’importe quelle autre catégorie collective postulant son unicité. Ce spectre va des mouvements sociaux « plébéiens-indigènes » boliviens et péruviens au pentecôtisme haïtien ou brésilien, en passant par les « caracoles » néo-zapatistes. Outre sa composition hétéroclite, on peut identifier la « plèbe » par cinq autres traits : sa constitution politique autour d’un acte de « sécession », son refus de délégation, son souci d’égalité engendrant un rapport polémique vis-à-vis de ses représentants (« tribuns ») et son potentiel de mobilisation de foules par des actions directes.

La plèbe est l’ensemble des « non-citoyens », c’est-à-dire de ce groupement majoritaire et fort hétérogène de citoyens à qui l’on nie leur droit à la citoyenneté et à la parole publique. C’est paradoxalement cette marginalisation (cette « subalternisation ») qui leur confère initialement une identité définie non pas par ce que l’on est censé « être », mais par ce que l’on n’est pas aux yeux du groupe dominant. Voilà pourquoi cette identité collective, voire multiple, résiste plus que toute autre à être essentialisée, car elle se construit pas à pas par et dans l’action contre l’ordre établi. N’étant ni un groupe monolithique ni encore moins idéologique ou une catégorie sociale, la plèbe est en quelque sorte un excédent de l’ordre social qui peut paradoxalement le paralyser.

Contexte

section icon Thème du congrès 2012 (80e édition) :
Parce que j’aime le savoir
section icon Date : 10 mai 2012

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :