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Martin Hébert : Université Laval
Le soulèvement zapatiste occupe une place ambiguë dans les récits que l'on fait du « virage à gauche » en Amérique latine à partir du tournant des années 2000. Il est posé comme l'un des jalons importants de la montée de mouvements populaires et autochtones à l'échelle continentale. Cependant, même des commentateurs sympathiques au mouvement s'entendent pour affirmer qu'en Amérique latine, et à l'échelle nationale du Mexique, les zapatistes demeurent une force politique relativement mineure. À l'échelle ethnographique que nous avons adoptée dans la présente recherche, nous constatons que les zapatistes constituent un puissant référent qui agit sur l'ensemble des subjectivités politiques locales. Comme nous le montrerons, les zapatistes ont défini un espace local, parfois au sens littéral du terme, propice à l'action directe et l'émergence de nouvelles subjectivités politiques autochtones.
Ce colloque s’articule autour du concept de « plèbe », permettant d’aborder des groupes subalternes qui, par la nature hétérogène des individus qui les composent, peuvent difficilement être catalogués d’emblée comme des « classes » ou des « ethnies », ou sous n’importe quelle autre catégorie collective postulant son unicité. Ce spectre va des mouvements sociaux « plébéiens-indigènes » boliviens et péruviens au pentecôtisme haïtien ou brésilien, en passant par les « caracoles » néo-zapatistes. Outre sa composition hétéroclite, on peut identifier la « plèbe » par cinq autres traits : sa constitution politique autour d’un acte de « sécession », son refus de délégation, son souci d’égalité engendrant un rapport polémique vis-à-vis de ses représentants (« tribuns ») et son potentiel de mobilisation de foules par des actions directes.
La plèbe est l’ensemble des « non-citoyens », c’est-à-dire de ce groupement majoritaire et fort hétérogène de citoyens à qui l’on nie leur droit à la citoyenneté et à la parole publique. C’est paradoxalement cette marginalisation (cette « subalternisation ») qui leur confère initialement une identité définie non pas par ce que l’on est censé « être », mais par ce que l’on n’est pas aux yeux du groupe dominant. Voilà pourquoi cette identité collective, voire multiple, résiste plus que toute autre à être essentialisée, car elle se construit pas à pas par et dans l’action contre l’ordre établi. N’étant ni un groupe monolithique ni encore moins idéologique ou une catégorie sociale, la plèbe est en quelque sorte un excédent de l’ordre social qui peut paradoxalement le paralyser.
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