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Bertrand Bergier
La question, posée parfois avec insistance, sonne comme un aveu, celui d'une socialité qui ne va pas (plus) de soi, et nécessite un travail : - pour trouver des régulations qui, d'une part, résistent à l'ego grandiose, au repli sur soi, au déclin des solidarités, et d'autre part, risquent l'inattendu de l'individuation comprise comme manifestation de la singularité de l'individu ; - pour corriger des crispations entre générations, entre milieux d'appartenance, entre cultures tout en veillant à ce que la reconnaissance des particularités n'enferme pas les individus dans leur particularisme ; - pour susciter auprès des uns et des autres, enfants et adultes, des comportements par lesquels chacun se fait lui-même, bâtisseur d'une socialité où il est à la fois délié et relié. Le « comment vivre ensemble ? » met en tension et interroge continûment les rapports entre quatre pôles (l'individu, le collectif, le conflit et l'autorité) dessinant en quelque sorte un carré. Nous montrerons que le « vivre ensemble » est fragilisé lorsqu'un des pôles du quadrilatère est mis à la place du mort, lorsque le « socius » analysé fonctionne sur le principe du quart « exclu de l'intérieur ». Nous questionnerons les incidences éducatives d'une prise en compte de ce carré et de ses paradoxes.
Si la coexistence a toujours représenté un enjeu de taille de la condition humaine, cet enjeu se pose avec encore plus d’acuité dans nos sociétés contemporaines puisqu’elles ont désormais à composer avec diverses figures affirmées de l’Autre — nationalité, ethnie, religion, orientation sexuelle, classe sociale, genre, etc.
En Europe comme au Québec, les débats, réflexions et propositions portant sur ce thème tendent à se concentrer en particulier sur la diversité culturelle et religieuse issue de l’immigration au sein des États-nations. Dans d’autres régions du monde où l’accès même à la démocratie reste un combat qui est loin d’être gagné, des espoirs d’un mieux-vivre ensemble sont éveillés, mais de nombreuses questions et inquiétudes demeurent quant aux conceptions du vivre ensemble qui vont se dessiner. En Afrique, l’installation de gouvernements d’union nationale, la recherche d’équilibre régional et les commissions dialogue et réconciliation pour recréer le lien social disloqué par les conflits armés et autres génocides, sont autant de mesures mises en œuvre pour un meilleur vivre ensemble. Les situations post-conflictuelles appellent à un pari sur l’éducation à cet égard.
Organisé par le Groupe de recherche sur l’éducation éthique et l’éthique en éducation (GREE) et l’Association francophone d’éducation comparée (AFEC), ce colloque a pour but de dégager des éléments porteurs pour penser les fondements et visées, analyser les contextes, les orientations et les pratiques et développer des outils pour éduquer au « vivre ensemble ».
Au programme, une soixantaine de présentations par des chercheurs en provenance de 14 pays. Un lancement conjoint : L’Éthique et culture religieuse en question,PUQ ; revue Éducation comparée. Le colloque est financé par l'Agence universitaire de la Francophonie, le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, l’Université du Québec, l'UQAM et l'UQTR.
Titre du colloque :