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La plèbe : souveraineté instantanée versus conscience pratique

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André Corten : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Dans sa capacité d'identifier une situation exceptionnelle, la plèbe, par ses actions directes, a une souveraineté instantanée. Une action directe est une action qui ne respecte pas les règles et n'emprunte pas un répertoire. Son originalité procède la plupart du temps du fait que d'instrumentale, l'action devient principalement expressive. En dehors de ces moments de tournant historique, il y a dans la plèbe ce que Gramsci appelait la "conscience pratique" par opposition à la "conscience verbale". C'est dans un tout autre sens qu'on peut parler d'état d'exception pour ces actions ou ces paroles qui tentent d'échapper à la conscience verbale (contrôlée par une idéologie dominante) en dégageant par un "écart d'expression" une conscience pratique (la conscience engagée dans l'action elle-même). La plèbe manifeste la capacité de se réapproprier le savoir populaire sur la souffrance. De la même façon que la souveraineté instantanée, dans son tournant historique, peut être observée dans le récit que font les milieux paupérisés et les communautés indigènes de leur lutte, la réappropriation dans le quotidien du savoir populaire sur la souffrance s'opère dans le parler ordinaire.

Résumé du colloque

Ce colloque s’articule autour du concept de « plèbe », permettant d’aborder des groupes subalternes qui, par la nature hétérogène des individus qui les composent, peuvent difficilement être catalogués d’emblée comme des « classes » ou des « ethnies », ou sous n’importe quelle autre catégorie collective postulant son unicité. Ce spectre va des mouvements sociaux « plébéiens-indigènes » boliviens et péruviens au pentecôtisme haïtien ou brésilien, en passant par les « caracoles » néo-zapatistes. Outre sa composition hétéroclite, on peut identifier la « plèbe » par cinq autres traits : sa constitution politique autour d’un acte de « sécession », son refus de délégation, son souci d’égalité engendrant un rapport polémique vis-à-vis de ses représentants (« tribuns ») et son potentiel de mobilisation de foules par des actions directes.

La plèbe est l’ensemble des « non-citoyens », c’est-à-dire de ce groupement majoritaire et fort hétérogène de citoyens à qui l’on nie leur droit à la citoyenneté et à la parole publique. C’est paradoxalement cette marginalisation (cette « subalternisation ») qui leur confère initialement une identité définie non pas par ce que l’on est censé « être », mais par ce que l’on n’est pas aux yeux du groupe dominant. Voilà pourquoi cette identité collective, voire multiple, résiste plus que toute autre à être essentialisée, car elle se construit pas à pas par et dans l’action contre l’ordre établi. N’étant ni un groupe monolithique ni encore moins idéologique ou une catégorie sociale, la plèbe est en quelque sorte un excédent de l’ordre social qui peut paradoxalement le paralyser.

Contexte

section icon Thème du congrès 2012 (80e édition) :
Parce que j’aime le savoir
section icon Date : 10 mai 2012

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