Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Salma Zouaghi : Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
L'aménagement intérieur des espaces domestiques n'est pas figé. Il évolue en fonction des besoins et désirs des habitants. Les motivations de transformation des intérieurs sont aussi influencées par les médias, le marketing (crédit, soldes) et des leaders d'opinion sur la désirabilité sociale et l'image de soi. La mutation de l'ameublement enchaine des cycles de changements qui peuvent dépendre de la durée de vie d'un mobilier mais aussi de la raison esthétique. Notre projet de recherche étudie le second cas, dans lequel l'usager transforme ce qui a été conçu par les designers.
Comme c'est souvent le cas en phase de crise, on assiste au retour de la personnalisation du mobilier domestique grâce au bricolage qui stimule la créativité de l'usager. Ce mode d'appropriation du mobilier interroge la question du « neuf pur » et du sort du « design originel, vierge ». Le designer, doit-il s'interroger sur les meubles déjà utilisés pour mieux comprendre le phénomène de la personnalisation du mobilier ?
Dans l'optique d'une nouvelle démarche de création, nous traiterons du travail de Jeremy Edwards qui a bouleversé la hiérarchie de la production classique en fondant son approche, d'une part, sur des matériaux récupérés et usagés, et d'autre part, en redonnant une deuxième vie à ce qui a déjà vécu et qui porte les traces et les signes d'usages et d'usures.
La société de consommation contemporaine a promu l’objet « flambant neuf » immaculé, l’objet « toujours neuf » de l’obsolescence programmée, l’objet « plus neuf que le tien » pris dans la rivalité mimétique, comme horizon indépassable des aspirations individuelles. Assujettis à cette politique du neuf, les individus se modèleraient ainsi sans considération pour les histoires singulières émanant de leurs usages et des objets qui meublent leur vie. L’histoire du design au XXe siècle est intimement mêlée à la promotion de cette subjectivité contemporaine, lisse et étincelante. À l’aube de la démocratie participative, dans le sillage du web 2.0, et alors que s’édifie une société de la durabilité, le design est-il ainsi condamné à créer du neuf et à enfermer les aspirations individuelles dans ce mode de renouvellement de soi?
Ce colloque cherche à explorer les rapports entre le design et des démarches de subjectivation créatives à partir d’une critique politique du « neuf » qui couvre les polarités du nouveau et de l’ancien, du vierge et du recyclé, du frais et du périmé, du propre et du sale, etc.
Deux axes d’exploration seront proposés. Le premier axe abordera le lien entre design et subjectivation à l’aune du déplacement actuel du centre de gravité des pratiques de design qui s’intéressent dorénavant moins à l’objet qu’aux systèmes d’usage. Comment des démarches de design peuvent-elles réinventer localement et délibérativement des styles de vie en combinant des services et de multiples objets, neufs comme usés, à l’intérieur de scénarios? Le second axe s’attachera à examiner le design dans le cadre de l’alternative entre « faire du neuf » ou ne rien faire. Quels enjeux de design sont soulevés par la valorisation de la trace personnelle laissée par l’usage sur l’environnement matériel?
Titre du colloque :
Thème du colloque :