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Mireille Estivalèzes : Université de Montréal
Le projet d'éducation au « vivre ensemble » est certes mobilisé dans le discours politique et éducatif mais, au-delà de l'effet parfois incantatoire et politiquement correct qu'on lui donne, que recouvre-t-il exactement ? Le Québec constitue un cas particulièrement intéressant à analyser avec l'implantation en 2008 d'un enseignement d'éthique et culture religieuse, dont les finalités sont la reconnaissance de l'autre et la poursuite du bien commun, présentées comme contribuant « à promouvoir un meilleur vivre-ensemble et à favoriser la construction d'une véritable culture publique commune » au sein d'une société pluraliste. La poursuite du bien commun y est conçue comme devant s'organiser autour de projets encourageant le vivre-ensemble. Des trois compétences que vise à développer le programme, deux d'entre elles cherchent à favoriser le vivre-ensemble : le volet éthique qui examine les aspects normatifs (valeurs et normes privilégiées par les membres d'une société) et pratiques (effets des actions possibles sur soi et sur les autres) et la partie consacrée à la pratique du dialogue, car c'est aussi dans la réalité de la classe que se vit la recherche et la pratique d'un meilleur vivre-ensemble par les élèves. Nous tenterons, à partir d'exemples tirés du programme ECR, d'établir une typologie des différentes significations du concept du « vivre-ensemble » en tant que visée de philosophie politique, obligation morale, enjeu de société, mode de gestion de la diversité, etc.
Si la coexistence a toujours représenté un enjeu de taille de la condition humaine, cet enjeu se pose avec encore plus d’acuité dans nos sociétés contemporaines puisqu’elles ont désormais à composer avec diverses figures affirmées de l’Autre — nationalité, ethnie, religion, orientation sexuelle, classe sociale, genre, etc.
En Europe comme au Québec, les débats, réflexions et propositions portant sur ce thème tendent à se concentrer en particulier sur la diversité culturelle et religieuse issue de l’immigration au sein des États-nations. Dans d’autres régions du monde où l’accès même à la démocratie reste un combat qui est loin d’être gagné, des espoirs d’un mieux-vivre ensemble sont éveillés, mais de nombreuses questions et inquiétudes demeurent quant aux conceptions du vivre ensemble qui vont se dessiner. En Afrique, l’installation de gouvernements d’union nationale, la recherche d’équilibre régional et les commissions dialogue et réconciliation pour recréer le lien social disloqué par les conflits armés et autres génocides, sont autant de mesures mises en œuvre pour un meilleur vivre ensemble. Les situations post-conflictuelles appellent à un pari sur l’éducation à cet égard.
Organisé par le Groupe de recherche sur l’éducation éthique et l’éthique en éducation (GREE) et l’Association francophone d’éducation comparée (AFEC), ce colloque a pour but de dégager des éléments porteurs pour penser les fondements et visées, analyser les contextes, les orientations et les pratiques et développer des outils pour éduquer au « vivre ensemble ».
Au programme, une soixantaine de présentations par des chercheurs en provenance de 14 pays. Un lancement conjoint : L’Éthique et culture religieuse en question,PUQ ; revue Éducation comparée. Le colloque est financé par l'Agence universitaire de la Francophonie, le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, l’Université du Québec, l'UQAM et l'UQTR.