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Sid Ahmed Soussi : UQAM - Université du Québec à Montréal
Depuis quelques années, un phénomène remarquable tend à réorienter les politiques publiques en matière d'immigration: l'expansion des programmes de travailleurs migrants temporaires. Qu'en est-il de leurs impacts sur la structure de l'emploi et la régulation du travail? Au-delà des zones de non-droit dans lesquelles ils placent les travailleurs migrants temporaires, ces programmes contribuent structurellement à la précarisation de l'emploi et à la dévalorisation sociale du travail, tant ils s'intègrent aux stratégies de gestion transnationale des entreprises. Au Québec, et au Canada, ce phénomène va croissant. Cette main-d'œuvre immigrante temporaire est présente dans les entreprises agro-industrielles, dans le travail domestique et, de plus en plus, dans les secteurs de la construction, de l'exploitation minière et des services (hôtellerie, restauration, etc.). Cette communication dresse un bilan critique des programmes canadiens de migration temporaire encadrant ce phénomène pour, ensuite, repérer certains de leurs principaux impacts, tant au niveau des collectifs de travailleurs et de leurs conditions de travail et de séjour qu'à celui du monde du travail au Québec. Elle s'interrogera, ensuite, sur la logique de gestion des flux migratoires de la main-d'œuvre temporaire dans le cadre d'une étroite collaboration, sinon d'une véritable coordination, entre les entreprises des différents secteurs et l'État, à travers certains de ses organes ad hoc.
Les facteurs de mobilité des personnes à l’échelle mondiale se sont grandement complexifiés au cours des deux dernières décennies. Les sociétés se retrouvent avec une gamme de types de migrants, dont les motivations, les trajectoires, les statuts et les modes d’insertion ne se laissent plus saisir aisément, avec d’énormes conséquences sur les politiques publiques de régulation de l’immigration et de la diversité. Les paradigmes théoriques avec lesquels on aborde la migration internationale comportent des aspects contradictoires, selon l’échelle à laquelle on se place. Un paradigme axé sur les droits ne tiendra pas compte adéquatement des enjeux politiques et des rapports de force qui interviennent en amont ou en aval du phénomène migratoire. Un autre paradigme axé uniquement sur ces rapports de force aura tendance à ne pas tenir compte des enjeux juridiques et normatifs soulevés. Un paradigme axé seulement sur l’État nation omettra de prendre en considération les réseaux transnationaux. Or, le choix des paradigmes a une incidence majeure sur les orientations normatives qui sont incarnées dans les politiques publiques. C’est l’ensemble de ces questions que ce colloque entend examiner.
Plus précisément, le colloque s’articule autour de trois axes : 1) Prendre acte des données empiriques nouvelles et des tendances lourdes concernant les migrations internationales, autant sur le plan qualitatif que sur le plan quantitatif. 2) Identifier les principaux enjeux qui en résultent en matière de politiques d’immigration et d’insertion/incorporation (sur les plans de l’emploi, de l’éducation, de la participation sociale ou de l’aménagement de la diversité ethnoculturelle et religieuse dans l’espace public). 3) Enfin, faire une réflexion comparative sur les paradigmes utilisés pour appréhender ces changements dans les pays occidentaux, identifier leurs apories et leurs angles morts.
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