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Denis Jeffrey : Université Laval
Nous nous intéressons aux ritualisations dans l'éducation au savoir-vivre-ensemble. Dans son mandat de socialisation et de formation à l'éthique et à la culture religieuse, l'école doit nécessairement préparer les élèves à assumer sous un mode critique les valeurs, normes, règles et lois qui balisent la vie sociale. Or, des recherches de pointe montrent (Debarbieux, Janosz) que le milieu scolaire n'est pas à l'abri de violences, principalement entre élèves. Les attitudes de discrimination, d'humiliation et d'insulte sont fréquentes. L'éducation au vivre ensemble doit prendre en compte cette réalité scolaire et travailler avec les élèves des attitudes et des valeurs essentielles au vivre ensemble: ouverture à autrui, acceptation des différences, attitudes de respect et de confiance mutuels, etc. Nous proposons de montrer que les ritualisations scolaires peuvent contribuer à cette éducation. Nous nous inspirons principalement des travaux de Gebauer et Wulf sur le mimétisme et la performativité dans les ritualisations. Pour eux, les comportements peuvent être plus ou moins ritualisés selon les circonstances et les besoins de la situation. L'accent sur la performance corporelle dans l'accomplissement d'une ritualisation ouvre des perspectives nouvelles pour comprendre, par exemple, comment les enseignantes amènent les élèves à contrôler leurs expressions corporelles, à intérioriser les normes scolaires, à faire preuve de retenue, etc.
Si la coexistence a toujours représenté un enjeu de taille de la condition humaine, cet enjeu se pose avec encore plus d’acuité dans nos sociétés contemporaines puisqu’elles ont désormais à composer avec diverses figures affirmées de l’Autre — nationalité, ethnie, religion, orientation sexuelle, classe sociale, genre, etc.
En Europe comme au Québec, les débats, réflexions et propositions portant sur ce thème tendent à se concentrer en particulier sur la diversité culturelle et religieuse issue de l’immigration au sein des États-nations. Dans d’autres régions du monde où l’accès même à la démocratie reste un combat qui est loin d’être gagné, des espoirs d’un mieux-vivre ensemble sont éveillés, mais de nombreuses questions et inquiétudes demeurent quant aux conceptions du vivre ensemble qui vont se dessiner. En Afrique, l’installation de gouvernements d’union nationale, la recherche d’équilibre régional et les commissions dialogue et réconciliation pour recréer le lien social disloqué par les conflits armés et autres génocides, sont autant de mesures mises en œuvre pour un meilleur vivre ensemble. Les situations post-conflictuelles appellent à un pari sur l’éducation à cet égard.
Organisé par le Groupe de recherche sur l’éducation éthique et l’éthique en éducation (GREE) et l’Association francophone d’éducation comparée (AFEC), ce colloque a pour but de dégager des éléments porteurs pour penser les fondements et visées, analyser les contextes, les orientations et les pratiques et développer des outils pour éduquer au « vivre ensemble ».
Au programme, une soixantaine de présentations par des chercheurs en provenance de 14 pays. Un lancement conjoint : L’Éthique et culture religieuse en question,PUQ ; revue Éducation comparée. Le colloque est financé par l'Agence universitaire de la Francophonie, le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, l’Université du Québec, l'UQAM et l'UQTR.