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Hayet Moussa : Institut superieur des sciences humaines de Tunis
La présente proposition est basée sur l'analyse de huit entretiens de groupe menés en décembre 2011 dans le cadre d'une étude sur l'inclusion socio-économique et la participation citoyenne des jeunes Tunisiens. Contrairement aux travaux sociologiques mettant en avant le passage au politique de certaines catégories de jeunes Tunisiens à la faveur de la révolution, l'enquête donne à voir l'absence d'engagement (associatif, partisan, dans des manifestations) des jeunes interrogés et un repli sur la sphère privée qui pourrait être associés à une forme d'apolitisme. Les jeunes expriment leur forte défiance par rapport aux pouvoirs publics et à la sphère politique institutionnelle. Ils témoignent également de leur désillusion pour l'après-révolution quelques semaines seulement après les élections de l'assemblée constituante. Ces critiques apparaissent à la mesure des grandes attentes nourries à l'égard du nouveau système politique.
Cependant, au-delà du repli sur une sphère privée plus accomplie que doit garantir la « bonne » politique (« nous voulons enfin vivre normalement »), les témoignages donnent également à voir une politisation du discours en fonction de trois axes d'opposition principaux : les revendications du droit à une « vie (privée) normale » passent par la dénonciation des disparités régionales, des inégalités générationnelles et des inégalités entre jeunes (diplômés/non diplômés ; hommes/femmes, etc.).
Les représentations sociales autour de la participation politique des jeunes reposent depuis quelques décennies déjà sur l’idée qu’elle serait en crise. Cette vision d’une dépolitisation de la population juvénile mérite toutefois d’être nuancée. Premièrement, le cadre référentiel ultime des travaux sur l’engagement politique semble être le militantisme de gauche voué à une cause collective, si bien que les « nouveaux engagés » et les formes juvéniles d’action politique moins conventionnelles restent dans l’ombre. Deuxièmement, c’est peut-être la définition même du processus de politisation, qui suppose l’opposition directe au pouvoir, qui induit en erreur. Or, même dans les cas où des actions s’opèrent de manière atomisée et diffuse, leur agrégation peut aboutir à des formes de résistance ou de protestation collective. Troisièmement, il est approprié de se demander si la soi-disant crise de la participation politique des jeunes ne résulte pas d’un regard « euro-centré » qui prévient l’appréhension de pratiques juvéniles des sociétés postcoloniales, soit parce que jugées subversives et menaçantes pour l’establishment (mouvements punk et rap, jeunes des favelas), soit parce que supposées impossibles, par exemple sous les régimes autoritaires. Au cours de ce colloque, nous chercherons donc à comprendre les lieux d’engagement politique des jeunes d’aujourd’hui, leurs actions de résistance, leurs pratiques plus organisées de contestation et de revendication, en s’attachant à les restituer dans leurs contextes institutionnels (association locale, parti politique, etc.), nationaux et politiques (autoritarisme, pluralisme). Des réflexions auront également lieu autour des modes d’appréhension théorique et méthodologique des processus de politisation des jeunes, leurs limites ainsi que les possibilités de décloisonnement des approches et des disciplines.
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