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L'objet grotesque : une figure du XIXe siècle

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Nicholas Roquet : Université de Montréal

Résumé de la communication

« … avec le kitsch, le monde des objets se rapproche de l'homme ; il se laisse toucher, et dessine finalement ses figures dans l'intériorité humaine. »[1]

Au tout début du siècle dernier, l'historien Hermann Muthesius a affirmé que l'intérieur domestique du XIXe siècle avait été infecté d'un mal incurable : la matière s'y était travestie en simulacre, la vie en reproduction mortifère du passé.[2] À ses yeux, l'intérieur qui incarnait le mieux cette « inculture » propre au siècle était le domicile londonien de l'architecte anglais William Burges (1827-1881). La communication propose une relecture de ce célèbre décor domestique, en retraçant sous ses dehors historicistes les indices d'une modernité plus radicale : se meubler, c'est conquérir une subjectivité.

La communication aborde la dialectique proposée par ce colloque (« faire du neuf » ou ne rien faire) dans une perspective délibérément historique, prenant comme parti que « l'ancien » ou le « désuet » peuvent apporter un éclairage critique sur des enjeux contemporains. Pourrait-on imaginer aujourd'hui une démarche de création qui privilégierait l'archaïque aux dépens du neuf, des logiques de réitération et d'accumulation au remplacement continuel, et le marquage biographique à la surface vierge ?

[1]Walter Benjamin, « Kitsch onirique », in Oeuvres, tome 2 (Paris : Gallimard, 2000), 7-10.

[2]Hermann Muthesius, Das Englische Haus, tome 3 (Berlin : Ernst Wasmuth, 1905), 67.

Résumé du colloque

La société de consommation contemporaine a promu l’objet « flambant neuf » immaculé, l’objet « toujours neuf » de l’obsolescence programmée, l’objet « plus neuf que le tien » pris dans la rivalité mimétique, comme horizon indépassable des aspirations individuelles. Assujettis à cette politique du neuf, les individus se modèleraient ainsi sans considération pour les histoires singulières émanant de leurs usages et des objets qui meublent leur vie. L’histoire du design au XXe siècle est intimement mêlée à la promotion de cette subjectivité contemporaine, lisse et étincelante. À l’aube de la démocratie participative, dans le sillage du web 2.0, et alors que s’édifie une société de la durabilité, le design est-il ainsi condamné à créer du neuf et à enfermer les aspirations individuelles dans ce mode de renouvellement de soi?

Ce colloque cherche à explorer les rapports entre le design et des démarches de subjectivation créatives à partir d’une critique politique du « neuf » qui couvre les polarités du nouveau et de l’ancien, du vierge et du recyclé, du frais et du périmé, du propre et du sale, etc.

Deux axes d’exploration seront proposés. Le premier axe abordera le lien entre design et subjectivation à l’aune du déplacement actuel du centre de gravité des pratiques de design qui s’intéressent dorénavant moins à l’objet qu’aux systèmes d’usage. Comment des démarches de design peuvent-elles réinventer localement et délibérativement des styles de vie en combinant des services et de multiples objets, neufs comme usés, à l’intérieur de scénarios? Le second axe s’attachera à examiner le design dans le cadre de l’alternative entre « faire du neuf » ou ne rien faire. Quels enjeux de design sont soulevés par la valorisation de la trace personnelle laissée par l’usage sur l’environnement matériel?

Contexte

section icon Thème du congrès 2012 (80e édition) :
Parce que j’aime le savoir
manager icon Responsables :
Christophe Abrassart
section icon Date : 10 mai 2012

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