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Marine Royer : ENSCI - Les Ateliers
La miniaturisation des biotechnologies ont permis à une nouvelle catégorie d'objets des soins (prothèses, chambres implantées, pompes) de reporter une partie des pratiques médicales hospitalières dans la sphère domestique, en lien avec les nouvelles politiques de prise en charge des patients. Tout en rendant les traitements plus précis et moins invasifs, ces objets « embarqués » à même le corps restent, à bien des égards, envahissants et stigmatisants. La nécessité de coopération des malades devenant acteurs de soins, ainsi que la cohabitation avec ces objets, représentent une nouveauté qui n'est pas d'ordre purement scientifique, mais aussi philosophique, anthropologique et social.
Ces objets implantés sont des hapax que le dialogue thérapeutique tente de saisir par le double discours de l'innovation et du soin. Prenant pour point de départ le rôle que peuvent jouer ces dispositifs biomédicaux, cette communication a pour premier objectif de mettre en lumière les recompositions qu'engendrent ces objets autour des traitements sociaux faits au corps malade « appareillé » et d'expliciter les changements auxquels nous devons faire face aujourd'hui. Le second enjeu porte sur le design comme appareil de visibilité permettant de traiter le problème de l'hyper contemporain. Ces innovations médicales questionnent le rôle que peuvent jouer les designers pour aider à l'intégration conscientisée de ces objets dans la vie quotidienne des patients.
La société de consommation contemporaine a promu l’objet « flambant neuf » immaculé, l’objet « toujours neuf » de l’obsolescence programmée, l’objet « plus neuf que le tien » pris dans la rivalité mimétique, comme horizon indépassable des aspirations individuelles. Assujettis à cette politique du neuf, les individus se modèleraient ainsi sans considération pour les histoires singulières émanant de leurs usages et des objets qui meublent leur vie. L’histoire du design au XXe siècle est intimement mêlée à la promotion de cette subjectivité contemporaine, lisse et étincelante. À l’aube de la démocratie participative, dans le sillage du web 2.0, et alors que s’édifie une société de la durabilité, le design est-il ainsi condamné à créer du neuf et à enfermer les aspirations individuelles dans ce mode de renouvellement de soi?
Ce colloque cherche à explorer les rapports entre le design et des démarches de subjectivation créatives à partir d’une critique politique du « neuf » qui couvre les polarités du nouveau et de l’ancien, du vierge et du recyclé, du frais et du périmé, du propre et du sale, etc.
Deux axes d’exploration seront proposés. Le premier axe abordera le lien entre design et subjectivation à l’aune du déplacement actuel du centre de gravité des pratiques de design qui s’intéressent dorénavant moins à l’objet qu’aux systèmes d’usage. Comment des démarches de design peuvent-elles réinventer localement et délibérativement des styles de vie en combinant des services et de multiples objets, neufs comme usés, à l’intérieur de scénarios? Le second axe s’attachera à examiner le design dans le cadre de l’alternative entre « faire du neuf » ou ne rien faire. Quels enjeux de design sont soulevés par la valorisation de la trace personnelle laissée par l’usage sur l’environnement matériel?
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