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Olivier Pégard : Université Paris-Et Créteil Val-de-Marne
Le quartier de la Bibliothèque Nationale de France « François Mitterrand » est érigé sur une armature recouvrant le faisceau ferroviaire de la gare d'Austerlitz. La voie principale traversant le quartier sur une longueur d'environ un kilomètre se décline dans la partie nord Avenue Pierre-Mendes France (dirigeant politique durant la période du Front Populaire) pour se décliner en Avenue de France dans sa partie sud. Ce tracé rectiligne et large d'une vingtaine de mètre est planté de jeunes arbres. Autour des quatre tours vitrées formant la grande bibliothèque, des bâtiments dédiés à la gestion bancaire et financière ainsi que des sièges sociaux de grandes entreprises françaises se succèdent en blocs de verre de béton et d'acier. Le long de cette longue et large ligne droite, c'est le principe de visibilité qui prévaut. Dans cette production du neuf, c'est l'espace public qui se soumet aux impératifs technologiques de la vidéosurveillance. Architectures géométriques et translucides produisant l'impression du déjà vu. Comme pour d'autres métropoles de rang mondial, Paris quartier François Mitterrand rentre dans l'esthétique des images cinématographiques mondiales offrant le théâtre de la concurrence sociale dans la ville aérienne, propre, riche et verticale.
La société de consommation contemporaine a promu l’objet « flambant neuf » immaculé, l’objet « toujours neuf » de l’obsolescence programmée, l’objet « plus neuf que le tien » pris dans la rivalité mimétique, comme horizon indépassable des aspirations individuelles. Assujettis à cette politique du neuf, les individus se modèleraient ainsi sans considération pour les histoires singulières émanant de leurs usages et des objets qui meublent leur vie. L’histoire du design au XXe siècle est intimement mêlée à la promotion de cette subjectivité contemporaine, lisse et étincelante. À l’aube de la démocratie participative, dans le sillage du web 2.0, et alors que s’édifie une société de la durabilité, le design est-il ainsi condamné à créer du neuf et à enfermer les aspirations individuelles dans ce mode de renouvellement de soi?
Ce colloque cherche à explorer les rapports entre le design et des démarches de subjectivation créatives à partir d’une critique politique du « neuf » qui couvre les polarités du nouveau et de l’ancien, du vierge et du recyclé, du frais et du périmé, du propre et du sale, etc.
Deux axes d’exploration seront proposés. Le premier axe abordera le lien entre design et subjectivation à l’aune du déplacement actuel du centre de gravité des pratiques de design qui s’intéressent dorénavant moins à l’objet qu’aux systèmes d’usage. Comment des démarches de design peuvent-elles réinventer localement et délibérativement des styles de vie en combinant des services et de multiples objets, neufs comme usés, à l’intérieur de scénarios? Le second axe s’attachera à examiner le design dans le cadre de l’alternative entre « faire du neuf » ou ne rien faire. Quels enjeux de design sont soulevés par la valorisation de la trace personnelle laissée par l’usage sur l’environnement matériel?
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