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Poétique du corps dans Moi, Tituba sorcière... noire de Salem de Maryse Condé

DQ

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Dulce Quiroz

Résumé de la communication

Dans le roman Moi Tituba sorcière... noire de Salem, l'écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé construit un discours qui met en cause l'idée du corps liée aux forces du démon qui a été utilisée par les colonisateurs comme un prétexte pour soumettre les esclaves et tous ceux qui ont échappé à la norme chrétienne. Tituba, appelée sorcière par les puritains du XVII siècle, retourne du monde des morts pour faire le récit de sa vie, le périple d'un éros qui concerne la manière dont elle se met en relation avec la nature, avec son désir et avec son corps.

Quand elle est jugée et qu'elle accepte d'avoir un rapport avec les forces du mal, ce qu'elle accepte est qu'elle habite son corps autrement. La manipulation des forces de la nature attribuée aux sorcières constitue la mise en œuvre d'un désir. C'est à cause de cette reconnaissance qu'elle est punie avec la mort. Le châtiment constitue la réponse à la peur que Tituba provoque lorsqu'elle fait une correspondance entre son désir et la matière du monde. Les puritains essaient de la réduire au silence et à l'isolement, mais elle échappe même au silence définitif car elle est capable de dépasser les frontières de la mort. La parole devient une manière de représenter son désir, de le mettre en scène et de remplir les trous de silence auquel on l'a condamné. Le corps et la parole sont réunis par la voix de cette sorcière, manifestation d'un désir, qui raconte son histoire après sa mort.

Résumé du colloque

La notion de désir a jusqu’ici été pensée comme appartenant au masculin, tandis qu’au féminin il incombe d’incarner l’objet du désir de l’homme. Depuis peu, les femmes s’approprient le discours érotique. Émancipées qu’elles sont des injonctions à la pudeur, elles projettent désormais la possibilité d’une subjectivité désirante.
Dans la mesure où les textes littéraires reconduisent les scripts sexuels (Gagnon) dominants, reposant sur la dyade Homme-sujet-actif-désirant/Femme-objet-passif-désiré, on peut affirmer, avec De Lauretis, qu’ils constituent une technologie du genre – cela se reflète tant dans la syntaxe érotique (« Il la prit », « Elle se donna à lui ») que dans la représentation des scènes sexuelles et, plus largement, dans la façon dont circule le désir.
Aussi, ce colloque se penchera sur la figure de la femme désirante dans les productions littéraires et médiatiques contemporaines, celles-ci entendues dans leur sens large, incluant aussi bien la culture des médias que celle des arts médiatiques.
Les productions culturelles se voient-elles transformées par la prise de parole des femmes? Les créateurs masculins prennent-ils acte de cette nouvelle possibilité d’une subjectivité désirante au féminin, la mettent-il en jeu dans leurs textes littéraires et autres productions culturelles?

Contexte

section icon Thème du congrès 2012 (80e édition) :
Parce que j’aime le savoir
section icon Date : 10 mai 2012

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