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Une autre classe de politisation? Frustration sociale, conceptions de la vie collective et processus d'engagement civique des jeunes Espagnols désavantagés

JB

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Jorge Benedicto : Universidad Nacional de Educación a Distancia

Résumé de la communication

Les difficultés sociales, culturelles ou personnelles d'un grand nombre de jeunes représentent, sans doute, des obstacles importants pour le développement de leur processus de politisation. Elles mènent souvent à l'interprétation de leurs opinions et de leurs comportements comme des manifestations de dépolitisation et d'apathie. L'incertitude et le pessimisme provoqués par les conditions difficiles dans lesquelles ils développent leurs transitions et le peu d'opportunités offertes par l'environnement favorisent des réactions de frustration sociale et d'impuissance civique. Or, la situation est plus complexe. La frustration et l'impuissance ressenties par ces jeunes politisent aussi leur vision de la réalité, mais d'une manière différente. Et, parfois, ils s'engagent spontanément, sans liens institutionnels fixes, dans des causes liées étroitement à leur vie quotidienne.

Le propos de cette communication est d'analyser l'impact des discours de frustration sociale et de l'impuissance civique sur la politisation, sur les discours et les comportements de la jeunesse désavantagée. En utilisant les résultats d'une recherche qualitative avec de jeunes Espagnols, caractérisés par des transitions précaires ou échouées, nous analyserons les traits de leurs conceptions de citoyenneté (visions de la vie collective, identités civiques, évaluation d'expériences de participation) et quelques expériences d'engagement civique qui brisent le cercle vicieux de l'impuissance civique.

Résumé du colloque

Les représentations sociales autour de la participation politique des jeunes reposent depuis quelques décennies déjà sur l’idée qu’elle serait en crise. Cette vision d’une dépolitisation de la population juvénile mérite toutefois d’être nuancée. Premièrement, le cadre référentiel ultime des travaux sur l’engagement politique semble être le militantisme de gauche voué à une cause collective, si bien que les « nouveaux engagés » et les formes juvéniles d’action politique moins conventionnelles restent dans l’ombre. Deuxièmement, c’est peut-être la définition même du processus de politisation, qui suppose l’opposition directe au pouvoir, qui induit en erreur. Or, même dans les cas où des actions s’opèrent de manière atomisée et diffuse, leur agrégation peut aboutir à des formes de résistance ou de protestation collective. Troisièmement, il est approprié de se demander si la soi-disant crise de la participation politique des jeunes ne résulte pas d’un regard « euro-centré » qui prévient l’appréhension de pratiques juvéniles des sociétés postcoloniales, soit parce que jugées subversives et menaçantes pour l’establishment (mouvements punk et rap, jeunes des favelas), soit parce que supposées impossibles, par exemple sous les régimes autoritaires. Au cours de ce colloque, nous chercherons donc à comprendre les lieux d’engagement politique des jeunes d’aujourd’hui, leurs actions de résistance, leurs pratiques plus organisées de contestation et de revendication, en s’attachant à les restituer dans leurs contextes institutionnels (association locale, parti politique, etc.), nationaux et politiques (autoritarisme, pluralisme). Des réflexions auront également lieu autour des modes d’appréhension théorique et méthodologique des processus de politisation des jeunes, leurs limites ainsi que les possibilités de décloisonnement des approches et des disciplines.

Contexte

section icon Thème du congrès 2012 (80e édition) :
Parce que j’aime le savoir
Discutant-e- de la session : Martin Goyette
section icon Date : 10 mai 2012

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