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Hubert Vincent : Université de Rouen-Normandie
Cette proposition prend sa source dans une lecture particulière de la Théorie de la justice de Rawls et plus précisément dans les § 70-72 qui traitent du développement moral des individus. On peut lire ces § selon la règle d'une progression linéaire. Mais il est aussi légitime de comprendre le terme de cet enchaînement comme devant contenir les stades antérieurs. Ainsi, si le premier stade traite de la question de la confiance et des conditions de sa construction, si le deuxième traite de notre rapport aux normes selon une thématique de leur excès par rapport aux individus, le troisième, qui traite des principes, contient les deux premiers. En ce sens l'être-ensemble intègre trois niveaux: celui de la confiance, celui de nos rapports aux règles selon ce motif de l'écart, celui de l'usage des principes. Les deux premiers moments ne peuvent ni ne doivent être dépassés dans le niveau plus actif du citoyen s'efforçant de juger selon les principes. Je dirai ainsi qu'il y a un moment de vertu passive qui rend possible l'être ensemble, et que ce moment est tout à fait central. Mon propos est alors le suivant: après avoir reconnu la force de systématicité de ces analyses, je voudrais me pencher sur cette vertu de passivité. Quels sont ses traits majeurs? Comment peut-on penser son éducation? En quoi est-elle décisive tant dans les rapports aux autorités que dans les rapports aux égaux? Comment s'articule-t-elle à la possibilité de juger selon les principes et de décider en commun?
Si la coexistence a toujours représenté un enjeu de taille de la condition humaine, cet enjeu se pose avec encore plus d’acuité dans nos sociétés contemporaines puisqu’elles ont désormais à composer avec diverses figures affirmées de l’Autre — nationalité, ethnie, religion, orientation sexuelle, classe sociale, genre, etc.
En Europe comme au Québec, les débats, réflexions et propositions portant sur ce thème tendent à se concentrer en particulier sur la diversité culturelle et religieuse issue de l’immigration au sein des États-nations. Dans d’autres régions du monde où l’accès même à la démocratie reste un combat qui est loin d’être gagné, des espoirs d’un mieux-vivre ensemble sont éveillés, mais de nombreuses questions et inquiétudes demeurent quant aux conceptions du vivre ensemble qui vont se dessiner. En Afrique, l’installation de gouvernements d’union nationale, la recherche d’équilibre régional et les commissions dialogue et réconciliation pour recréer le lien social disloqué par les conflits armés et autres génocides, sont autant de mesures mises en œuvre pour un meilleur vivre ensemble. Les situations post-conflictuelles appellent à un pari sur l’éducation à cet égard.
Organisé par le Groupe de recherche sur l’éducation éthique et l’éthique en éducation (GREE) et l’Association francophone d’éducation comparée (AFEC), ce colloque a pour but de dégager des éléments porteurs pour penser les fondements et visées, analyser les contextes, les orientations et les pratiques et développer des outils pour éduquer au « vivre ensemble ».
Au programme, une soixantaine de présentations par des chercheurs en provenance de 14 pays. Un lancement conjoint : L’Éthique et culture religieuse en question,PUQ ; revue Éducation comparée. Le colloque est financé par l'Agence universitaire de la Francophonie, le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, l’Université du Québec, l'UQAM et l'UQTR.