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Simon Harel : Université de Montréal
Chez Kleist, le couple ressemble à une chorégraphie déboîtée, désarticulée. Dans Penthésilée, le combat fait intervenir une rhétorique guerrière qui anticipe la chute, la défaite des amants. Au coeur de la crise du couple on retrouve une crise de confiance. En témoigne Penthésilée de Kleist. Voilà une tragédie touffue, parfois biscornue, qui aborde l'énigme de la confiance impossible dans le registre de la vie pulsionnelle, de la vie amoureuse. Voilà deux gierriers, Achille et Penthésilée, qui s'aiment; on croit comprendre rapidement que Penthésilée aime beaucoup plus Achille que ce dernier n'aime Penthésilée. Achille est une sorte de mâle un peu lourdaud, batailleur, alors que Penthésilée est prise au piège d'une passion dévorante qui fait d'Achille un personnage secondaire. La revendication narcissique est insistante: «m'aimes-tu?», c'est la question que pose sans cesse Penthésilée.
Dans la mesure où la psychanalyse prétend être une réponse au malaise psychique de la modernité, sa découverte ne s’est pas limitée à l’exploration de la vie intrapsychique du sujet ni à la cure individuelle. Elle a connu, au cours d’un siècle d’existence, des innovations dans le champ de ses pratiques et a élargi, malgré de solides résistances épistémologiques et institutionnelles, la connaissance de l’inconscient en cernant des phénomènes psychiques qui ne pouvaient qu’échapper à la cure individuelle. Parmi ces innovations, l’extension de la méthode psychanalytique à l’étude des groupes constitue une de ses conquêtes les plus fécondes dans la mesure où elle a rendu possible l’analyse et le traitement des couples et des familles. Le groupe constitue un paradigme méthodologique qui rend possible l’analyse des ensembles intersubjectifs et l’émergence de formations et de processus psychiques inconscients spécifiques, inaccessibles autrement. Le passage d’une perspective intrapsychique, centrée exclusivement sur le sujet à une perspective intersubjective, l’élaboration de nouveaux concepts comme ceux d’appareil psychique groupal, de lien, d’intersubjectivité, d’alliances inconscientes, d’illusion groupale permettent l’exploration et le traitement de la vie psychique des groupes, des couples et des familles. Dans ce contexte, nous voudrions interroger une clinique de la crise de couple, comprendre, en en dégageant quelques mécanismes essentiels, comment le couple entre en crise. Que se passe-t-il, dans une perspective intersubjective, pour qu’un couple qui semble fonctionner de façon plus ou moins harmonieuse se transforme silencieusement en un couple en crise ? Que nous apprend le passage de la lune de miel à la crise ? De quoi cette dernière est-elle constituée ? Telles sont quelques-unes des questions qui orientent notre réflexion.
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