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Nicholas Dion : Université McGill
De l'oeuvre pionnière Night of the Living Dead à la bande dessinée The Walking Dead en passant par les romans de Brian Keene ou de David Wellington, les différentes créations artistiques qui livrent un récit apocalyptique où les morts-vivants ont littéralement infesté la planète et entraîné la chute de la civilisation moderne partagent souvent une caractéristique singulière : elles font l'ellipse de la propagation globale et de ses modalités. De fait, la majeure partie d'entre elles s'ouvrent sur un monde déjà dévasté. Véritable tache aveugle, en ce qu'il permet aux auteurs de dépeindre un univers postapocalyptique à la condition de demeurer fuyant, l'effondrement de l'ordre social devant la menace zombie s'avère avant tout éloquent sur le plan esthétique. Ainsi, une série de procédés à la fois narratifs et stylistiques servent à pallier son omission, formant plusieurs des éléments constitutifs du sous-genre en question. Or, l'ellipse de la propagation proprement dite nous informe également sur l'interprétation que l'on peut proposer de ces oeuvres. Si le mort-vivant anthropophage se veut la métaphore de nos profondes angoisses sociétales comme l'entend souvent la critique, il importe de considérer de quelle manière ce corps réanimé arrive à triompher du corps social. Nous proposons donc d'étudier la prolifération paradoxalement occultée des zombies dans une dizaine de récits où ils pullulent afin d'y voir une part du sens que véhicule la figure du mort-vivant.
Depuis le début des années 2000, le zombie contamine l’imaginaire occidental contemporain. À titre indicatif, notons que la Zombie Movie Database (penchant zombifique de l’IMDB) dénombre, entre 2002 et 2009, plus d’une centaine de films mettant en scène des zombies – une vingtaine de productions de ce genre sont d’ailleurs prévues pour 2012. De nombreux jeux vidéo confrontent les joueurs à des hordes de zombies affamés de chair humaine. Le zombie envahit aussi la littérature, la bande-dessinée, les séries télé et l’art visuel. Comment expliquer cet engouement du public pour le mort-vivant anthropophage ? Et comment s’expliquer des phénomènes sociaux parafictionnels comme les Zombie Walks, ces manifestations pacifiques (à teneur politique ou simplement ludique) où des participants, notamment en marge du mouvement Occupons Wall Street, se déguisent et marchent comme des zombies ? Dans ce colloque – qui se veut un lieu de rencontre pour des penseurs issus de différents champs de recherche, de la littérature au cinéma, en passant par les jeux vidéo et l’art visuel – nous voulons autopsier le zombie. Il s’agira d’emblée de l’envisager comme une figure de cet Autre qui nous assaille, qui menace de nous contaminer de sa différence, pour ensuite s’intéresser à ses manifestations marginales. Que se produit-il, en effet, lorsque le zombie, d’antagoniste, devient protagoniste ? Si l’homme, en situation de survie, peut devenir monstre, le zombie, lui, peut-il (re)devenir humain ? Figure polysémique et investie idéologiquement, le zombie permet aux créateurs de représenter les citoyens marginalisés et de tenir un discours renouvelé sur la justice et l’équité sociale.
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