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Nicole Gallant : INRS - Institut national de la recherche scientifique
Plusieurs auteurs soulignent l'émergence de nouvelles formes d'action politique des jeunes, qui viennent nuancer l'image populaire d'une crise de leur participation. Cette communication documentera certaines de ces nouvelles formes, en s'appuyant sur un terrain qualitatif rassemblant une vingtaine d'entretiens semi-directifs réalisés en 2011 avec de jeunes Québécois de divers horizons. Nous distinguerons quatre modes d'action politique, qui ne sont pas mutuellement exclusifs : participation organisationnelle; résistance liée à une sous-culture; contestation expressive ou artistique; pratiques personnelles engagées.
Nous explorerons aussi l'articulation entre les enjeux locaux et globaux dans les engagements de ces jeunes et nous verrons comment celle-ci s'imbrique avec leurs positionnements identitaires. Certes, une tendance théorique récente insiste à juste titre sur la singularisation et la multiplicité des parcours identitaires chez les jeunes, mais ces processus conservent néanmoins une dimension collective indéniable. En effet, un peu par définition, l'action politique s'inscrit dans une représentation de soi comme faisant partie d'une communauté politique plus large, envers laquelle le jeune ressent une certaine solidarité ou appartenance. La communication documentera donc comment les diverses échelles d'appartenance (citoyen du monde, Québécois, francophone mais aussi skinhead, etc.) sont articulées entre elles et avec certains modes d'engagement plutôt que d'autres.
Les représentations sociales autour de la participation politique des jeunes reposent depuis quelques décennies déjà sur l’idée qu’elle serait en crise. Cette vision d’une dépolitisation de la population juvénile mérite toutefois d’être nuancée. Premièrement, le cadre référentiel ultime des travaux sur l’engagement politique semble être le militantisme de gauche voué à une cause collective, si bien que les « nouveaux engagés » et les formes juvéniles d’action politique moins conventionnelles restent dans l’ombre. Deuxièmement, c’est peut-être la définition même du processus de politisation, qui suppose l’opposition directe au pouvoir, qui induit en erreur. Or, même dans les cas où des actions s’opèrent de manière atomisée et diffuse, leur agrégation peut aboutir à des formes de résistance ou de protestation collective. Troisièmement, il est approprié de se demander si la soi-disant crise de la participation politique des jeunes ne résulte pas d’un regard « euro-centré » qui prévient l’appréhension de pratiques juvéniles des sociétés postcoloniales, soit parce que jugées subversives et menaçantes pour l’establishment (mouvements punk et rap, jeunes des favelas), soit parce que supposées impossibles, par exemple sous les régimes autoritaires. Au cours de ce colloque, nous chercherons donc à comprendre les lieux d’engagement politique des jeunes d’aujourd’hui, leurs actions de résistance, leurs pratiques plus organisées de contestation et de revendication, en s’attachant à les restituer dans leurs contextes institutionnels (association locale, parti politique, etc.), nationaux et politiques (autoritarisme, pluralisme). Des réflexions auront également lieu autour des modes d’appréhension théorique et méthodologique des processus de politisation des jeunes, leurs limites ainsi que les possibilités de décloisonnement des approches et des disciplines.
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