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Denis Jeffrey : Université Laval
En 2010, Rick Genet, jeune squeegee montréalais, attire l'attention avec ses tatouages qui le représentent en zombie. Il se distingue par cette particularité d'avoir la tête et le visage tatoués, ce qui est plutôt rare puisque la majorité des tatoueurs refusent habituellement de toucher le visage, haut lieu de la sacralité personnelle et sociale. Genet choisit le pseudonyme de Zombie Boy. Les dessins sur son visage et sur sa tête lui donnent un air de mort-vivant. Sur son crane, un tatouage représente les circonvolutions du cerveau. Sa bouche est élargie par une large dentition tatouée qui offre l'impression que la peau du visage a été écorchée. Le noir sur la pointe de son nez et autour de ses yeux accentue les traits crâniens du visage. Ses tatouages attirent automatiquement l'attention, et les réactions à son égard sont multiples, depuis la frayeur jusqu'à l'étonnement amusé. Dans une entrevue, Genet parle de son désir depuis la première enfance «de se transformer en mort vivant». Ce jeune homme n'est plus une personne comme les autres. Sa figure de mort-vivant le distingue radicalement de ses semblables. Les dessins sur sa peau ne l'expulsent pourtant pas hors de l'humanité, mais définissent d'une manière paroxystique son individualité et son identité. Nous désirons ici, à l'aune de la figure de Zombie Boy, analyser l'engouement actuel pour la figure du zombie. Ce jeune garçon incarne, avec ses tatouages extrêmes, l'esprit gothique, gore et morbide de notre temps.
Depuis le début des années 2000, le zombie contamine l’imaginaire occidental contemporain. À titre indicatif, notons que la Zombie Movie Database (penchant zombifique de l’IMDB) dénombre, entre 2002 et 2009, plus d’une centaine de films mettant en scène des zombies – une vingtaine de productions de ce genre sont d’ailleurs prévues pour 2012. De nombreux jeux vidéo confrontent les joueurs à des hordes de zombies affamés de chair humaine. Le zombie envahit aussi la littérature, la bande-dessinée, les séries télé et l’art visuel. Comment expliquer cet engouement du public pour le mort-vivant anthropophage ? Et comment s’expliquer des phénomènes sociaux parafictionnels comme les Zombie Walks, ces manifestations pacifiques (à teneur politique ou simplement ludique) où des participants, notamment en marge du mouvement Occupons Wall Street, se déguisent et marchent comme des zombies ? Dans ce colloque – qui se veut un lieu de rencontre pour des penseurs issus de différents champs de recherche, de la littérature au cinéma, en passant par les jeux vidéo et l’art visuel – nous voulons autopsier le zombie. Il s’agira d’emblée de l’envisager comme une figure de cet Autre qui nous assaille, qui menace de nous contaminer de sa différence, pour ensuite s’intéresser à ses manifestations marginales. Que se produit-il, en effet, lorsque le zombie, d’antagoniste, devient protagoniste ? Si l’homme, en situation de survie, peut devenir monstre, le zombie, lui, peut-il (re)devenir humain ? Figure polysémique et investie idéologiquement, le zombie permet aux créateurs de représenter les citoyens marginalisés et de tenir un discours renouvelé sur la justice et l’équité sociale.
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