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Patrick Turmel : Université Laval
Notre vie est structurée par un ensemble de normes qui nous dictent comment agir, ce que l'on devrait promouvoir et aussi ce que l'on devrait croire. C'est ce qui constitue l'espace de la normativité : il recoupe à la fois le domaine théorique et le domaine pratique, et touche aussi le problème de la motivation que nous avons en tant qu'agents de respecter ces normes pratiques et épistémiques. Il demeure toutefois difficile d'aborder ces questions comme appartenant à un même champ, qui serait celui d'une philosophie de la normativité. Même si ce travail de systématicité est nécessaire, je noterai trois difficultés associées à une telle entreprise. 1. Il existe de nombreux domaines normatifs qui touchent des sujets radicalement différents. 2. Les différentes normes - de la rationalité, morales ou épistémiques - ne semblent pas toujours répondre au même genre de problème. 3. Il y a une différence dans les effets que peuvent avoir les concepts normatifs. Qu'est-ce qu'ont à voir ensemble des normes qui nous contraignent et des valeurs qui nous poussent à vivre d'une façon ou d'une autre, ou à promouvoir quelque chose ? Les philosophes qui s'intéressent à l'éthique fondamentale partagent largement le postulat de la nécessaire préservation du caractère sacré de la morale, ou de l'autonomie de l'éthique, et élargir l'éthique fondamentale à la normativité menace cette autonomie, en nous forçant à réfléchir sérieusement aux raisons de distinguer norme sociales et normes morales.
La normativité est le champ d’étude privilégié de plusieurs disciplines (droit, sociologie, politique, philosophie, psychologie, etc.). Habitus, stigmate, discipline : au cours du 20e siècle, elle a été déclinée, observée, étudiée, sous différentes formes, selon des référents multiples. Néanmoins depuis quelques décennies, suivant l’évolution de l’organisation sociale, les perspectives théoriques se renouvellent, ouvrant la voie à de véritables postures épistémiques.
Référent singulier se déclinant de façon plurielle, la norme constitue un objet polysémique en constante transformation. À une époque où l’on décrit des phénomènes tel que la judiciarisation, la médicalisation, la psychologisation des rapports sociaux, les cadres normatifs se démultiplient et les normes se présentent sous les formes les plus diverses : encadrantes (juridique), internalisées (responsabilité individuelle, autonomie), symboliques (valeurs, standards, habitudes, idéaux), etc. Impossibles à mettre en œuvre, parfois ouvertement contestées, elles déclinent les infractions allant du risque à l’anormalité. Face au pluralisme normatif, l’individu contemporain se retrouve avec la tâche d'agencer, de coordonner et de donner un sens aux différents univers normatifs entre lesquels il circule, endossant des rôles multiples.
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