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Sylvain Brehm : UQAM - Université du Québec à Montréal
S'il est trivial d'affirmer que l'acte de lecture repose sur la formation de représentations mentales, leur nature et leur rôle ont fait l'objet d'assez peu de recherches approfondies en études littéraires. Pourtant, de récents travaux en sciences cognitives (Barsalou, 1999) montrent que les sensations, les émotions et les perceptions associées à nos représentations conceptuelles sont également conservées en mémoire et peuvent être réactivées en même temps que ces dernières lors de la lecture. En ce sens, l'imaginaire des lecteurs est fondamentalement «multimodal».
Par ailleurs, la pluralité, l'interaction croissante et les caractéristiques des modes actuels d'accès à l'information ont un impact sur la manière de lire et de comprendre. À l'heure où priment la multimodalité, l'immersion dans des univers fictionnels (ceux des jeux vidéo, par exemple), et l'établissement de parcours de lecture singuliers (notamment grâce aux liens hypertextuels), construire du sens revêt des formes et repose sur des processus cognitifs nouveaux (Lebrun, Lacelle et Boutin, 2012).
Je me propose d'examiner comment les pratiques culturelles actuelles mobilisent notre imaginaire et dans quelle mesure elles nous amènent à modifier nos manières de lire et notre conception de la «lecture littéraire».
L'expansion prodigieuse de la communication médiatique contemporaine, qui mobilise en simultanée plusieurs modes, langages et médias à partir de supports variés, a donné naissance à une véritable culture multimodale qui bouleverse la pédagogie « classique » (Buckingham, 2003; Gray et al., 2010). Donnat (1998) parle d’hybridation de la culture cultivée, c’est-à-dire de sa mutation au contact de la « culture des écrans ». Ainsi, les médias de masse, a fortiori ceux dits numériques, sont devenus une source incontournable par laquelle les jeunes se renseignent sur leur univers, développent des attitudes, des représentations et des croyances, et se forgent une identité (Chung 2007). Un bon lecteur contemporain doit ainsi posséder les clés de plusieurs modes sémiotiques s’exprimant sur des supports toujours plus originaux, interactifs, diversifiés et, conséquemment, complexes (Stafford, 2011). Dans ce contexte, l’éducation des jeunes à la lecture et la production de textes littéraires sur des supports variés semble s’imposer dans une perspective manifeste de reconfiguration des pratiques d’enseignement de la littérature. Déjà, en France, l'étude conjointe du roman et du film est recommandée au collège afin de comparer les modes d'expression respectifs de ces deux formes artistiques. La Belgique prévoit aussi dans ses programmes la comparaison de romans à leur adaptation en bande dessinée ou au cinéma, de manière à découvrir les spécificités de chaque système narratif. Au Québec, dans le programme de français du secondaire, le film est abordé, à l’instar de la bande dessinée, comme une œuvre complémentaire au texte littéraire qui permet de se constituer des repères culturels.
L’un des principaux enjeux de ce colloque vise à définir et à consolider, dans une perspective didactique, les spécificités et les objectifs de la rencontre désormais inévitable entre la littérature et les pratiques culturelles des élèves autour d’œuvres multimodales.
Thème du colloque :