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Madeleine Pastinelli : Université Laval
Désireuses d'échapper à une norme qui les relègue à la marge dans d'autres contextes sociaux, des personnes trans se retrouvent ensemble dans des communautés en ligne pour échanger et se donner un espace dans lequel se réapproprier leur expérience corporelle, avec des mots et un langage qui leur sont propres. Décriant l'absence de légitimité du pouvoir médical et psychiatrique qui statue sur leur expérience corporelle et s'avère déterminant de ce que peut ou non devenir leur corps, les participants d'une communauté en ligne de trans FtoM dans laquelle nous faisons enquête se montrent soucieux de reconnaître la diversité des expériences du corps, du sexe et du genre vécues par chacun et s'opposent farouchement à toute forme de jugement ou d'appréciation quant au rapport que chacun entretient à son corps. Pourtant, entre ceux qui aspirent à avoir un corps d'homme semblable à celui de ceux qu'ils appellent des « bios » et ceux qui, plus simplement, ne peuvent se reconnaître comme eux-mêmes dans un corps de femme, les expériences et les discours tendent à se polariser. Dans cette présentation, nous exposerons nos observations sur ce qui est en jeu dans cet espace et sur la manière dont ce découpage des expériences fait planer sur la communauté la menace d'un retour du jugement normatif des uns sur les autres, donnant lieu à de constantes interventions des modérateurs, qui luttent contre l'émergence d'une norme propre à la communauté en censurant constamment les échanges.
Le CELAT (Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions) propose de tenir son colloque annuel à l’Acfas sur le thème « Lieux de passage et vivre-ensemble ». Depuis deux ans, notre centre développe une expertise sur le concept de vivre-ensemble, entendu comme les formes et les enjeux de la vie collective découlant de la diversité et du pluralisme, marquant les relations entre les groupes majoritaires et minoritaires ou minorisés et les individus qui les composent, leurs interactions et formes de vie et d’expression, leurs appartenances à des territoires, leurs langages, leurs mémoires et leurs expérimentations. Pour ce colloque, nous souhaitons explorer ce concept à travers les « lieux de passage » qui forment un véritable laboratoire des relations du nous-même au nous-autre marquant une évolution constante du vivre-ensemble. Nous entendons par lieux de passage autant des espaces physiques que des espaces temporels ou symboliques, dont les frontières sont inexistantes ou en perpétuelle redéfinition. À l’ère de la pluralisation croissante des sociétés et de la mouvance de celles-ci, le vivre-ensemble trouve toute sa pertinence dans ces lieux de passage.
Pour explorer cette thématique, une séance plénière organisée autour de ces deux notions permettra de réfléchir à ces deux notions envisagées différemment selon les implications (trans-)disciplinaires de chacun. Par la suite, quatre grands axes de recherche ont été identifiés afin de traiter de la question sous des perspectives différentes. Le premier concerne le vivre-ensemble appréhendé à travers les lieux de la mobilité pour saisir la reconceptualisation des frontières normatives, que celles-ci soient corporelles (corps et média), transnationales (mobilité franco-canadienne) ou sociétales (politique et artistique). Le deuxième axe se consacre à la trame narrative des lieux naturels et bâtis comme reflet de la collectivité, trame examinée à partir de la question de l’urbanisation diffuse à l’aune du développement durable. Le troisième explore la mise en représentation du vivre-ensemble à travers des sites patrimoniaux en crise qui connaissent une période de transition. Le quatrième s’articule autour de lieux sujets à la performativité du vivre-ensemble qui amènent une réflexion sur le rôle de l’art dans la sphère publique (l’art et la ville) ou scientifique (audio-vision et expériences du monde).
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