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Stéphanie Lemarchand-Thieurmel : Université Rennes 2
Une enquête menée sur trois ans auprès de trois classes de lycées professionnels bretons auprès d'élèves en difficulté donne accès aux corpus de lectures personnelles des élèves et permet, dans un premier temps, de mesurer l'impact direct de la « culture des écrans » sur leurs choix de livres et de définir en contexte ce qu'est cette culture des écrans. Cette dernière est, pour ces élèves, majoritairement une culture télévisuelle. Le deuxième aspect questionné est celui de la lecture et de la réception des œuvres proposées à l'école et en particulier des œuvres patrimoniales. En effet, cette nouvelle culture induit de nouveaux modes de lecture et des comportements spécifiques face aux livres. Des entretiens avec une douzaine d'élèves permettent de saisir une certaine influence de la culture des écrans sur leur réception des œuvres et leur résistance à la compréhension des textes. La lecture doit être, pour eux, immédiatement compréhensible, le contexte visualisable, l'intrigue divertissante, sinon, le zapping menace. Finalement, il s'agit de tenter de percevoir quelles sont les conséquences de cette culture des écrans : soit un enrichissement culturel, soit un obstacle à l'acquisition de la culture savante à l'école. L'apprentissage de la « multilecture » littéraire à l'école pourrait sans doute conjurer une probable fracture culturelle.
L'expansion prodigieuse de la communication médiatique contemporaine, qui mobilise en simultanée plusieurs modes, langages et médias à partir de supports variés, a donné naissance à une véritable culture multimodale qui bouleverse la pédagogie « classique » (Buckingham, 2003; Gray et al., 2010). Donnat (1998) parle d’hybridation de la culture cultivée, c’est-à-dire de sa mutation au contact de la « culture des écrans ». Ainsi, les médias de masse, a fortiori ceux dits numériques, sont devenus une source incontournable par laquelle les jeunes se renseignent sur leur univers, développent des attitudes, des représentations et des croyances, et se forgent une identité (Chung 2007). Un bon lecteur contemporain doit ainsi posséder les clés de plusieurs modes sémiotiques s’exprimant sur des supports toujours plus originaux, interactifs, diversifiés et, conséquemment, complexes (Stafford, 2011). Dans ce contexte, l’éducation des jeunes à la lecture et la production de textes littéraires sur des supports variés semble s’imposer dans une perspective manifeste de reconfiguration des pratiques d’enseignement de la littérature. Déjà, en France, l'étude conjointe du roman et du film est recommandée au collège afin de comparer les modes d'expression respectifs de ces deux formes artistiques. La Belgique prévoit aussi dans ses programmes la comparaison de romans à leur adaptation en bande dessinée ou au cinéma, de manière à découvrir les spécificités de chaque système narratif. Au Québec, dans le programme de français du secondaire, le film est abordé, à l’instar de la bande dessinée, comme une œuvre complémentaire au texte littéraire qui permet de se constituer des repères culturels.
L’un des principaux enjeux de ce colloque vise à définir et à consolider, dans une perspective didactique, les spécificités et les objectifs de la rencontre désormais inévitable entre la littérature et les pratiques culturelles des élèves autour d’œuvres multimodales.