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Bernard Ganne : Université Lumière-Lyon-II
Faisant suite aux réflexions sur le tournage à propos de l'usage de la vidéo dans la recherche en sociologie la présente contribution entend se centrer sur les problèmes d'écriture avec l'image. Comment traiter les « corpus d'observation filmée » pour rendre compte de leur dimension aussi bien idéelle que sensible, et quelles perspectives d'assemblage – et donc d'écriture – développer ?
A partir de travaux filmés en sociologie du travail, il sera montré combien l'utilisation de l'image permet de rénover en profondeur le mode même d'interrogation du social, et ce à un triple niveau :
- au plan du champ théorique de la lecture du social tout d'abord, du fait du sensible et de l'indéterminé que l'image continue structurellement d'intégrer face au rationnel ;
- à un niveau méthodologique ensuite, en contribuant à remettre en question l'évidence des postures d'investigation classiques mises en œuvre dans les enquêtes et études de terrain ;
- au niveau des produits et résultats enfin, du fait du jeu complexe et neuf entre les langages rationnels et sensibles et leurs écritures que permet de développer aujourd'hui le multimédia.
Loin des frilosités et suspicions passées, l'image animée constitue ainsi pour les sciences sociales un formidable outil d'ouverture et de rénovation.
Au croisement de l’anthropologie visuelle, de la photographie documentaire et de préoccupations proprement sociales, la sociologie visuelle s’enracine dans l’idée que le chercheur ne doit pas se limiter à élaborer un savoir sur les images, mais qu’il doit aussi compter avec les images. Elle invite ainsi à capter visuellement le monde pour rendre compte de ce qu'il donne à voir. Mais, après cette captation initiale, comment s’effectue l’expression, l’interprétation et la transmission par et avec les images, de l’expérience du social? Comment le visuel, cette « matière » d’expérience, peut-il à son tour modeler le sens?
En effet, entre l’échantillonnage des données visuelles et leur réception, un moment crucial doit être pensé : celui, critique, du montage. Il s’agit de l’étape, proprement heuristique, où s’opère la mise en ordre du sens par l’écriture visuelle, c’est-à-dire par la construction d’une narration censée restituer les « effets de présence » des images. Or, le récit par l’image ne s’élabore pas ici à travers les mots, mais bien par le montage visuel, c’est-à-dire par la combinaison de liens, de correspondances, d’analogies. Les ensembles d’images composés ouvrent alors des espaces inédits d’intelligibilité, cartographiant les sensibilités et transcrivant, par-delà le langage, la réalité de la culture et de la vie sociale.
Comment alors penser et articuler la construction d’un récit en images? Quelle est la place, voire la préséance, des récits textuels et iconologiques dans une démarche de sociologie visuelle? Comment le chercheur doit-il combiner les « effets de présence » des images tout en restant attentif aux « effets de sens » propres à l’interprétation? À la lumière de réflexions théoriques, de recherches expérimentales et de réalisations visuelles originales, le colloque vise ainsi à dégager quelques perspectives actuelles qui proposent d’explorer le social par les artefacts visuels.
Résolument pluridisciplinaires, les quatre sessions qui composent le colloque s’attardent à faire état des réflexions qui animent les recherches en cultures visuelles. Que ce soit à travers les récits filmiques et audiovisuels, l’agencement des images dans les présentations visuelles, le croisement des récits iconologiques et textuels, les montages de la presse écrite, l’écriture photographique et artistique comme les corpus très actuels des images d’amateurs… en toile de fond et en horizon de ces explorations, la trame du social est interrogée, configurée, imaginée, re-pensée.
Le colloque se place sous l'égide du CELAT (Centre interuniversitaire d'études sur les lettres, les arts et les traditions).
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