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Claude Puidoyeux : Université Montesquieu - Bordeaux 4
Liée à notre espèce fabulatrice (Huston, 2008), la transmission des histoires de toujours, qui innervent le présent (Louichon, 2012), initialement assurée par l'oralité (Goody, 1978) puis en occident par l'écrit (Chartier 1997) et ses interprètes autorisés (Levy, 1997 ) à l'adresse de ses héritiers (Bourdieu, 1964 ), se libère aujourd'hui des coteries pour investir les médias de la modernité en tirant parti de leurs potentialités, avec l'énergie vitale qui la conduisit jadis vers l'écrit où elle fut sanctuarisée.
Cette troisième ère de la culture (Lévy, 1997) se déploie en un espace temps ouvert, le cyberespace, qui englobe jusqu'au public des déshérités (Donnat, 2008) à qui elle fait découvrir le plaisir de la lecture comme jeu, jusque là réservé au seul Lecteur (Picard, 1986). Le patrimoine, lui-même bousculé par les pratiques de la transfictionnalité (Saint-Gelais, 2012), se régénère dans des œuvres multimodales qui repoussent les frontières de la légitimité culturelle.
La narration transmodale est-elle la forme esthétique d'une ère nouvelle de culture partagée (Jenkins 2012) ou bien, compte tenu des enjeux financiers, s'agit-il d'une usurpation, d'une « commercialisation » de l'enfance (Buckingham, 2010) ? Dans un contexte où les valeurs et les références académiques sont, sinon contestées, au moins passablement chahutées, comment enseigner la nouvelle littératie (Lacelle, 2009) sans renoncer à la littérature ou s'enfermer dans de nouveaux académismes ?
L'expansion prodigieuse de la communication médiatique contemporaine, qui mobilise en simultanée plusieurs modes, langages et médias à partir de supports variés, a donné naissance à une véritable culture multimodale qui bouleverse la pédagogie « classique » (Buckingham, 2003; Gray et al., 2010). Donnat (1998) parle d’hybridation de la culture cultivée, c’est-à-dire de sa mutation au contact de la « culture des écrans ». Ainsi, les médias de masse, a fortiori ceux dits numériques, sont devenus une source incontournable par laquelle les jeunes se renseignent sur leur univers, développent des attitudes, des représentations et des croyances, et se forgent une identité (Chung 2007). Un bon lecteur contemporain doit ainsi posséder les clés de plusieurs modes sémiotiques s’exprimant sur des supports toujours plus originaux, interactifs, diversifiés et, conséquemment, complexes (Stafford, 2011). Dans ce contexte, l’éducation des jeunes à la lecture et la production de textes littéraires sur des supports variés semble s’imposer dans une perspective manifeste de reconfiguration des pratiques d’enseignement de la littérature. Déjà, en France, l'étude conjointe du roman et du film est recommandée au collège afin de comparer les modes d'expression respectifs de ces deux formes artistiques. La Belgique prévoit aussi dans ses programmes la comparaison de romans à leur adaptation en bande dessinée ou au cinéma, de manière à découvrir les spécificités de chaque système narratif. Au Québec, dans le programme de français du secondaire, le film est abordé, à l’instar de la bande dessinée, comme une œuvre complémentaire au texte littéraire qui permet de se constituer des repères culturels.
L’un des principaux enjeux de ce colloque vise à définir et à consolider, dans une perspective didactique, les spécificités et les objectifs de la rencontre désormais inévitable entre la littérature et les pratiques culturelles des élèves autour d’œuvres multimodales.
Titre du colloque :