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Géraldine Thiry : Université libre de Bruxelles
Comment mesurer les notions de durabilité, de progrès social, de bien-être ? Doit-on remplacer le PIB ou le compléter par d'autres indicateurs sociaux et environnementaux ? Au niveau scientifique, nombreuses sont les approches qui se penchent sur ce mouvement dit « Au-delà du PIB » en décortiquant le processus d'élaboration des indicateurs ou le rôle qu'ils peuvent jouer dans les systèmes de gouvernance. Néanmoins, peu d'études questionnent la manière dont les acteurs sociétaux, politiques et scientifiques s'emparent de ce programme « Au-delà du PIB » dans leurs pratiques et représentations sociales. Nous souhaitons approfondir cette problématique au sein du projet européen BRAINPOoL.
Dans un premier temps, notre communication présente les différents contextes politiques, scientifiques et sociétaux de plusieurs pays européens à propos des initiatives autour des indicateurs alternatifs. La seconde partie détaille notre méthodologie basée sur une analyse documentaire et une série d'entretiens semi-directifs effectués auprès d'acteurs-clés (40 documents analysés et 40 entretiens menés). Nous proposons d'approfondir trois enjeux majeurs où les divergences entre acteurs s'avèrent problématiques : 1) le manque d'un socle théorique commun ; 2) la difficile combinaison d'échelles dans la mise en place d'indicateurs ; 3) le fossé entre les intentions et les actions concernant la participation citoyenne à l'élaboration d'indicateurs alternatifs.
Les indicateurs sont devenus des instruments de gestion et de gouvernance incontournables dans pratiquement tous les domaines et toutes les échelles de la politique publique. En particulier depuis le début des années 90, les indicateurs « alternatifs » ont vu le jour, d’abord avec l’élaboration des indicateurs du développement durable, et plus récemment, sous forme des indicateurs de progrès social, de qualité de vie, de bien être, etc. Néanmoins, en tant qu’instrument de gestion publique, les indicateurs sont souvent critiqués du fait qu’ils sont issus de l’« expertocratie », en étant typiquement conçus par des experts-scientifiques, et ainsi ne répondant pas aux « vraies » préoccupations des citoyens concernés. Un tel dilemme entre l’expertise savante et les préoccupations citoyennes se manifeste également dans la tension entre deux demandes : les indicateurs alternatifs sont censés être à la fois représentatifs du territoire (demande sociétale) qu’ils renseignent et comparables au niveau international (demande politique).
Une suggestion logique et fréquente à ce dilemme consiste à renforcer la participation des citoyens dans l’élaboration des indicateurs. Souvent exprimée, cette recommandation n’est pourtant pas souvent suivie en pratique. Par ailleurs, on en sait encore peu sur les conséquences de la participation dans les différentes étapes du « cycle de vie » des indicateurs, allant des processus de production à leurs conséquences. La littérature sur les différentes formes de participation des citoyens dans de nombreux domaines de la vie politique a mis en évidence une tension entre les objectifs émancipatoires et du contrôle (à travers des formes de « gouvernementalité ») de la participation. Les leçons de cette littérature mériteraient à être mieux intégrées dans le développement et la recherche sur les indicateurs.
La thématique de ce colloque portera généralement sur les leviers et barrières à l’institutionnalisation des indicateurs alternatifs, et plus particulièrement sur les conditions pour qu’un indicateur puisse répondre à la fois aux demandes sociétales et politiques, à savoir représenter les citoyens et être comparable internationalement. Ainsi deux notions phares seront approfondies au cours de ce colloque : la participation et la question d’échelle.
Titre du colloque :