Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Magali Uhl : UQAM - Université du Québec à Montréal
La société post-industrielle produit de plus en plus de « cités fantômes », des villes inhabitées rues ou quartiers exempts de vie (ex. Pripiat, Fukushima, New Orleans, Plymouth, Ordos, Hashima Island…). Ces villes inhabitées subissent l'érosion du temps, se transforment au rythme des années, marchant vers leur inexorable destin de ruines. Vidées de toute vie, réduites à leur seule matérialité, elles s'inscrivent toutefois dans un devenir qui leur est propre et qu'artistes, amateurs, photoreporters fixent inlassablement sur leurs pellicules.
Dans la lignée des méthodes iconographiques développées par Aby Warburg, le poster propose, à partir d'un travail d'échantillonnage des divers types de cités inhabitées, un montage visuel visant l'expression et la mise en évidence de leur pathos. Les images sélectionnées évoquent une analogie entre la ville abandonnée et les temporalités du cadavre [L.-V. Thomas], en présentant les différents degrés de dépérissement du bâti comme des moments réels (biologie), mais aussi imaginaires (symbolique), du processus de décomposition post-mortem. À l'image de la veillée rituelle du cadavre, cette mise en récit visuelle invite à l'expérience paradoxale d'un rite inexistant, la veillée mortuaire de la ville inhabitée. Le problème qu'elle soumet aux vivants est, en dernière analyse, profondément social : comment et pourquoi veiller aujourd'hui ces nouvelles villes fantômes ?
Au croisement de l’anthropologie visuelle, de la photographie documentaire et de préoccupations proprement sociales, la sociologie visuelle s’enracine dans l’idée que le chercheur ne doit pas se limiter à élaborer un savoir sur les images, mais qu’il doit aussi compter avec les images. Elle invite ainsi à capter visuellement le monde pour rendre compte de ce qu'il donne à voir. Mais, après cette captation initiale, comment s’effectue l’expression, l’interprétation et la transmission par et avec les images, de l’expérience du social? Comment le visuel, cette « matière » d’expérience, peut-il à son tour modeler le sens?
En effet, entre l’échantillonnage des données visuelles et leur réception, un moment crucial doit être pensé : celui, critique, du montage. Il s’agit de l’étape, proprement heuristique, où s’opère la mise en ordre du sens par l’écriture visuelle, c’est-à-dire par la construction d’une narration censée restituer les « effets de présence » des images. Or, le récit par l’image ne s’élabore pas ici à travers les mots, mais bien par le montage visuel, c’est-à-dire par la combinaison de liens, de correspondances, d’analogies. Les ensembles d’images composés ouvrent alors des espaces inédits d’intelligibilité, cartographiant les sensibilités et transcrivant, par-delà le langage, la réalité de la culture et de la vie sociale.
Comment alors penser et articuler la construction d’un récit en images? Quelle est la place, voire la préséance, des récits textuels et iconologiques dans une démarche de sociologie visuelle? Comment le chercheur doit-il combiner les « effets de présence » des images tout en restant attentif aux « effets de sens » propres à l’interprétation? À la lumière de réflexions théoriques, de recherches expérimentales et de réalisations visuelles originales, le colloque vise ainsi à dégager quelques perspectives actuelles qui proposent d’explorer le social par les artefacts visuels.
Résolument pluridisciplinaires, les quatre sessions qui composent le colloque s’attardent à faire état des réflexions qui animent les recherches en cultures visuelles. Que ce soit à travers les récits filmiques et audiovisuels, l’agencement des images dans les présentations visuelles, le croisement des récits iconologiques et textuels, les montages de la presse écrite, l’écriture photographique et artistique comme les corpus très actuels des images d’amateurs… en toile de fond et en horizon de ces explorations, la trame du social est interrogée, configurée, imaginée, re-pensée.
Le colloque se place sous l'égide du CELAT (Centre interuniversitaire d'études sur les lettres, les arts et les traditions).
Titre du colloque :
Thème du colloque :