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La lettre comme lieu d'invention d'un destin littéraire : le cas Laure Conan

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Marie-Pier Savoie : Université Laval

Résumé de la communication

En dépit de la grande reconnaissance et de l'attention critique dont n'a cessé de jouir depuis le XIXe siècle l'œuvre de Félicité Angers - de son nom de plume Laure Conan - force est de constater qu'aucune étude approfondie n'a encore été consacrée à sa correspondance, publiée par Jean-Noël Dion, en 2002, sous le titre J'ai tant de sujets de désespoir. Correspondance, 1878-1924. Mon projet de maîtrise en étant à ses premiers balbutiements, il s'agira ici de se pencher spécifiquement sur quelques lettres de Conan où se déploie, me semble-t-il, la genèse de l'écrivaine. Dès la préface d'Angéline de Montbrun, le lecteur est mis au fait que le statut d'auteure de cette pionnière s'authentifie sous l'autorité du « père de la littérature nationale », l'abbé Henri-Raymond Casgrain, ce que corrobore leur correspondance. Si Casgrain favorise de façon évidente l'inscription institutionnelle de Conan dans le champ littéraire de l'époque, il apparaît cependant que les échanges entre Félicité et certaines religieuses, dont Sœur Catherine-Aurélie-du-Précieux-Sang, s'offrent comme un lieu privilégié où se révèle et s'émancipe la voix singulière de l'écrivaine. Il s'agira donc de comparer cette correspondance tournée vers l'intime avec les lettres de type plutôt conventionnel adressées à Casgrain, afin de mieux comprendre comment chacun des destinataires participe — consciemment ou non — à la construction du statut d'écrivaine de Conan.

Résumé du colloque

La correspondance, forme discursive fortement répandue au 19e siècle, a longtemps été dominée par une lecture strictement documentaire, négligeant ainsi les considérations politiques, sociales, culturelles ou esthétiques. L’objet de cette journée d’étude est double. D’une part, il s’agit de faire le point sur les recherches actuellement consacrées aux oeuvres épistolaires du 19e siècle québécois et, d’autre part, d’interroger les différents types de relations qui se nouent entre l’épistolaire, le social et la naissance d’une littérature nationale. En somme, retracer les échos de la sensibilité du siècle à même le dit et le non-dit épistolaire.

En s’intéressant à la pratique de la correspondance chez les écrivains comme chez les sans-nom, il est possible de rectifier certains préconçus historiques, de réhabiliter des groupes d’individus, dont les femmes, ou de revisiter quelques trajectoires ou œuvres du corpus québécois. Si les spécialistes de l’épistolaire en France conçoivent ce siècle du privé, de l’éveil des nationalités, de l’historiographie et du romantisme comme une période de rupture ou de transition dans l’usage que font les individus de leur correspondance, il reste à observer ce qu’il en est au Québec. Voici quelques pistes de réflexion possibles :

Quels rapports la lettre entretient-elle avec les autres modes de sociabilité?

Que révèlent les correspondances de l’époque sur les pratiques de lecture?

Quel est l’usage que font les épistoliers des modèles et des codes en vigueur?

La lettre est-elle conçue comme un laboratoire de l’oeuvre littéraire?

Quelles sont les postures d’écriture privilégiées?

Dans quelle mesure la lettre participe-t-elle à la circulation des idées et des discours?

Contexte

section icon Thème du congrès 2013 (81e édition) :
Savoirs sans frontières
section icon Date : 6 mai 2013

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