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Guillaume Ouellet : Centre de recherche de Montréal sur les inégalités sociales / UQAM
La norme sociale est une vaste question qui traverse l'histoire de plusieurs disciplines, mais aussi un objet fuyant, défini par ce qu'il n'est pas (le champ de l'anormal) ou ce dont il se rapproche (les valeurs, les standards, les habitudes, les idéaux, etc.). Dans cette présentation, nous explorerons la question de la norme sociale à partir des transformations dans le champ de la déficience intellectuelle (figure de l'envers). Le passage d'une logique de prise en charge institutionnelle à une logique de soutien dans la communauté s'est accompagné d'une profonde transformation du discours et des pratiques concernant les personnes ayant une déficience intellectuelle. Les orientations politiques sont claires, les aliénés d'hier sont aujourd'hui considérés comme des citoyens à part entière. Du point de vue sociologique, ce spectaculaire renversement demeure toutefois suspect. Vivons-nous vraiment dans une société juste et inclusive? Quelles places les personnes ayant une déficience intellectuelle se voient-elles octroyées dans la communauté? Et, en trame de fond, que signifie être citoyen à part entière? La mouvance dans le champ de la déficience intellectuelle constitue un point d'origine privilégié afin d'aborder, par “l'envers” -de l'anormal au normal- les contours de la normativité contemporaine.
La normativité est le champ d’étude privilégié de plusieurs disciplines (droit, sociologie, politique, philosophie, psychologie, etc.). Habitus, stigmate, discipline : au cours du 20e siècle, elle a été déclinée, observée, étudiée, sous différentes formes, selon des référents multiples. Néanmoins depuis quelques décennies, suivant l’évolution de l’organisation sociale, les perspectives théoriques se renouvellent, ouvrant la voie à de véritables postures épistémiques.
Référent singulier se déclinant de façon plurielle, la norme constitue un objet polysémique en constante transformation. À une époque où l’on décrit des phénomènes tel que la judiciarisation, la médicalisation, la psychologisation des rapports sociaux, les cadres normatifs se démultiplient et les normes se présentent sous les formes les plus diverses : encadrantes (juridique), internalisées (responsabilité individuelle, autonomie), symboliques (valeurs, standards, habitudes, idéaux), etc. Impossibles à mettre en œuvre, parfois ouvertement contestées, elles déclinent les infractions allant du risque à l’anormalité. Face au pluralisme normatif, l’individu contemporain se retrouve avec la tâche d'agencer, de coordonner et de donner un sens aux différents univers normatifs entre lesquels il circule, endossant des rôles multiples.
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