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Patrick Ouellette : Université de Sherbrooke
Ma communication portera sur l'usage que Socrate fait de la parrêsia (franc-parler), dans les dialogues platoniciens et sur la façon dont il la subsume à sa quête des vérités morales. La présentation débutera avec un bref exposé du rôle que joue la parrêsia dans la démocratie athénienne, un rôle qui est d'abord politique (dans la mesure où la parrêsia aurait été utilisée comme une protection contre la tyrannie et comme un préalable nécessaire au bon fonctionnement des institutions démocratiques athéniennes) et qui est ensuite identitaire (puisqu'elle se situait à l'épicentre de l'identité athénienne). Après avoir exposé le rôle de la parrêsia dans les rouages de la démocratie athénienne, je tenterai de démontrer l'usage qu'en fait Socrate dans ses procédés dialectiques. Contrairement à son usage traditionnel, la parrêsia socratique n'est pas proprement politique, elle a plutôt une valeur éthique; Socrate l'utilise à des fins morales, c'est-à-dire pour aider ses interlocuteurs à prendre soin de leur âme et, idéalement, à changer leur façon de vivre. Cela dit, l'objet de mon exposé sera de démontrer que la parrêsia de Socrate est en fait antidémocratique puisque son but, qui est d'expliciter la singularité de l'ethos d'une personne en exposant ses vérités personnelles (ce qui lui est singulier et ce qui la distingue de la masse) a comme conséquence de dissocier l'individu de sa polis.
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.