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Ricardo Wicker : UQAM - Université du Québec à Montréal
Comprendre comment conserver la tranquillité de l'esprit en face de l'infortune est un problème philosophique traditionnel. Les sceptiques pyrrhoniens ont formulé une série de méthodes, ou « modes », pour atteindre la tranquillité de l'esprit à travers la suspension de jugement. Ce problème philosophique et souvent associé au travail de Sextus Empiricus. Néanmoins, la solution dans l'œuvre de Sextus présente un problème central, c'est-à-dire, la question concernant la cohérence du scepticisme pyrrhonien: peut-on vivre sans rien croire? Notre projet a pour objectif l'exploration de la façon dont David Hume, un des plus récents penseurs sceptiques dans l'histoire de la philosophie, répond au problème de la vie
sceptique. Notre présentation visera à essayer de résoudre cette problématique d'une façon rigoureuse. Les questions suivantes guideront notre exposition: Y a-t-il certains aspects thérapeutiques, ou au moins formatifs, dans le scepticisme de Hume? Est-ce qu'il y a des contradictions entre les théories épistémologiques de Hume et ses vues éthiques? Quel est le degré de la force thérapeutique offerte par Hume? Quels avantages et/ou désavantages thérapeutiques présente le scepticisme humien par rapport au scepticisme ancien? Est-ce que pour Hume vie philosophique et discours philosophique sont deux domaines distincts et impossibles à mélanger?
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.