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Alexis Hudon : Université Laval
Les hommes habitent tous la même Terre, mais cet espace est divisé, découpé par les frontières nationales et le zonage ; il oppose les hommes les uns aux autres en les séparant. D'un autre côté, la science a mis en évidence le problème énorme des changements climatiques ; les choix localisés ont d'importantes conséquences globales qui engendrent des problèmes d'éthique environnementale et intergénérationnelle. Des considérations urbanistiques ou développementales s'étendent bien au-delà de l'espace qui est de leur ressort, en commençant par la région métropolitaine. C'est donc l'air, et non la terre, qui exige que les habitants de la planète agissent de concert. Nous illustrerons cette idée générale par l'exemple particulier de la banlieue nord-américaine. Phénomène polymorphe, nous définirons la banlieue afin d'évaluer l'ampleur des transformations que les impacts environnementaux exigent. Les changements climatiques, en particulier, sont accélérés par la faible densité et la dépendance à l'automobile. On se réfugie à la banlieue pour se couper du monde, du bruit, de la pauvreté, de la violence, de la pollution, etc. Ce faisant, on doit adopter un mode de vie dépendant de l'automobile et consommer de grandes quantités d'espace et d'énergie, ce qui nous rattache par les liens de la justice au monde dont on voulait se séparer. Pour juger adéquatement un tel phénomène, notre réflexion se situera aux frontières de l'urbanisme, des sciences environnementales et de l'éthique.
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.