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L'agronome de la Révolution tranquille : l'expertise et la participation au menu parlementaire, 1971-1973

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Julien Prud'homme : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières

Résumé de la communication

Au Québec, les débats sur le rôle de l'expertise et la figure politique de l'expert parsèment la décennie 1965-1975. On peut suivre le fil d'une réelle généalogie des idées à ce sujet, qui relie les travaux du BAEQ (1963-1966), la commission Castonguay sur la santé et le bien-être social (1966-1972) et les discussions qui entourent la refonte des corps professionnels entre 1971 et 1974. Par-delà la révision des lois professionnelles, cette dernière réforme devait renouveler les rapports entre l'expert et le public, dans une optique qui doit beaucoup aux débats sur la participation tenus dans les domaines de la santé et de l'aménagement du territoire depuis 1960. La commission parlementaire créée pour l'occasion, à pied d'œuvre de novembre 1971 au printemps 1973, a donné lieu à de riches échanges et entraîné le dépôt de centaines de mémoires et de présentations, de la part d'autant d'organismes différents. Alors que certains appréhendent un recul de l'idée de participation ou interrogent le rôle de l'État, d'autres voient l'occasion de formaliser des expertises précisément nées des idéaux participatifs de la dernière décennie. Les débats sur les expertises liées à l'aménagement du territoire nous aident à apprécier les inflexions du discours public sur l'expertise après 1970. Ils nous permettent en particulier d'apprécier leur impact sur l'adoption du Code des professions en juillet 1973, principal régime québécois d'encadrement de l'expertise encore en vigueur de nos jours.

Résumé du colloque

L’expérience du BAEQ (1963-1966) devait initier une pratique de l’aménagement où les choix seraient fondés sur une connaissance scientifique du territoire; où la planification viserait la correction des inégalités socioéconomiques; et où les populations concernées devraient participer à l’aménagement. Leur participation, que l'on estimait nécessaire à l'acceptabilité d'un plan global d'aménagement pour le vaste territoire de l'Est-du-Québec, devait se réaliser par l'implication de membres de comités locaux dans la recherche et la prise de décision, depuis la définition de la situation et des problèmes, jusqu’au choix et à l’exécution des projets.

Cette expérience fut cependant l’objet de sévères critiques : refus des technocrates de discuter de la question politique du développement avec ceux qui revendiquent ou qui contestent; manipulation des populations pour qu’elles adhèrent au point de vue des aménagistes; décalage entre la rationalité technicienne et celle de la pratique; réduction de la participation à de la consultation.

L’importance du BAEQ réside selon nous en trois lieux de recherche sur le développement territorial. 1) D’abord pour son histoire : dans l’analyse d’un événement lié à d’autres interventions de développement économique et social où s’amorçait la reconnaissance de l'expertise et des savoirs citoyens, ainsi que la création de structures intermédiaires entre le provincial et le municipal. 2) Ensuite, pour sa conduite : dans l’analyse de la relation au symbole qu’est devenu le BAEQ comme fait fondateur-repoussoir du développement régional. 3) Enfin, pour la sagesse de ses projets : dans les efforts de renouveler la traduction en pratiques des idéaux de la rationalité, de la démocratie et du développement à travers des démarches participatives.

En liant ces trois lieux de recherche, ce colloque vise une meilleure compréhension des relations entre décideurs, chercheurs et autres citoyens transformées par l’épreuve de problèmes et de projets particuliers. La première séance revient sur l'idéal de la participation dans les années 1960 et sur sa mise à l'épreuve au BAEQ. Bien que décevante, cette expérience aura marqué la recherche et l'intervention publique sur le développement territorial, ainsi que la vie politique locale et régionale. La deuxième séance explore des lignes de continuités méconnues ou insoupçonnées entre l'expérience du BAEQ et les avancées de la pratique du développement dans les décennies suivantes. La troisième séance propose plutôt des regards rétrospectifs et des diagnostics sur la longue durée de l'après BAEQ. Les quatrième et cinquième séances conduisent enfin les discussions sur les relations entre décideurs, chercheurs et autres citoyens dans l'actualité d'un éventail de projets. L'appréciation des enjeux, des potentiels et de l'évolution des démarches participatives pourra prendre acte de cinq décennies d'expériences dispersées dans l'espace-temps du développement au Québec.

Contexte

section icon Thème du congrès 2013 (81e édition) :
Savoirs sans frontières
section icon Date : 6 mai 2013

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