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Alain Bertho : Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Pour le meilleur et pour le pire,les gens vivent ensemble. La question contemporaine est celle de la subjectivité opératoire de cette situation. On sait qu'aujourd'hui, entre 25 et 30% des émeutes dans le monde sont des émeutes contre le voisin, l'autre proche. Les « communal riots » indiennes semblent faire école et le phénomène est sans doute plus grave que la « fear of little number » d'Arjun Appadurai. Les modes de gouvernement nationaux générés par la mondialisation alimentent cet éclatement. Les Gouvernements cherchent moins aujourd'hui à rassembler le peuple national dans sa diversité qu'à construire leur légitimité dans l'institutionnalisation de l'altérité et dans la peur de l'autre. Le défi est celui de la production d'un commun, des principes et des projets partagés, l'énoncé d'un « nous » par la multitude des singularités quelconques annoncées par Giorgio Agamben.
S'il y a des lieux de passage, ils s'identifient aujourd'hui par leur temporalité. Les moments de commun émergent dans la révolte quand celle-ci se dirige contre le pouvoir. C'est une telle affirmation du « nous » qui a vu resurgir la question nationale comme une grande question de notre époque à partir de 2011 (Québec, Tunisie, Sénégal, Espagne, Grèce, Egypte…). Cette affirmation est précaire, souvent temporaire. Un des grands enjeux contemporains est celui de la capacité de ce commun à faire institution – ou culture-, c'est-à-dire à durer au-delà de la séquence de mobilisation.
Le CELAT (Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions) propose de tenir son colloque annuel à l’Acfas sur le thème « Lieux de passage et vivre-ensemble ». Depuis deux ans, notre centre développe une expertise sur le concept de vivre-ensemble, entendu comme les formes et les enjeux de la vie collective découlant de la diversité et du pluralisme, marquant les relations entre les groupes majoritaires et minoritaires ou minorisés et les individus qui les composent, leurs interactions et formes de vie et d’expression, leurs appartenances à des territoires, leurs langages, leurs mémoires et leurs expérimentations. Pour ce colloque, nous souhaitons explorer ce concept à travers les « lieux de passage » qui forment un véritable laboratoire des relations du nous-même au nous-autre marquant une évolution constante du vivre-ensemble. Nous entendons par lieux de passage autant des espaces physiques que des espaces temporels ou symboliques, dont les frontières sont inexistantes ou en perpétuelle redéfinition. À l’ère de la pluralisation croissante des sociétés et de la mouvance de celles-ci, le vivre-ensemble trouve toute sa pertinence dans ces lieux de passage.
Pour explorer cette thématique, une séance plénière organisée autour de ces deux notions permettra de réfléchir à ces deux notions envisagées différemment selon les implications (trans-)disciplinaires de chacun. Par la suite, quatre grands axes de recherche ont été identifiés afin de traiter de la question sous des perspectives différentes. Le premier concerne le vivre-ensemble appréhendé à travers les lieux de la mobilité pour saisir la reconceptualisation des frontières normatives, que celles-ci soient corporelles (corps et média), transnationales (mobilité franco-canadienne) ou sociétales (politique et artistique). Le deuxième axe se consacre à la trame narrative des lieux naturels et bâtis comme reflet de la collectivité, trame examinée à partir de la question de l’urbanisation diffuse à l’aune du développement durable. Le troisième explore la mise en représentation du vivre-ensemble à travers des sites patrimoniaux en crise qui connaissent une période de transition. Le quatrième s’articule autour de lieux sujets à la performativité du vivre-ensemble qui amènent une réflexion sur le rôle de l’art dans la sphère publique (l’art et la ville) ou scientifique (audio-vision et expériences du monde).
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