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Laurie Laplanche : Université Laval
Cette communication cherche à démontrer l'utilité du concept de genre pour étudier l'histoire des médias au Québec. À cette fin, j'analyserai la structure de la Société Radio‑Canada (SRC) à l'époque de la diffusion de Femme d'aujourd'hui (1965-1982), une émission de télévision relevant alors du Service des émissions féminines de la société d'État. En retenant la définition selon laquelle le genre est un principe de division du monde qui institue le sexe et fonde des rapports de pouvoir en opposant et hiérarchisant ce qui est perçu masculin et féminin, je démontrerai comment les industries médiatiques participent à la (re)production et la transformation des normes définissant la féminité et la masculinité. En m'appuyant sur l'examen de sources inédites, soit les notes de services rédigées par les membres de l'équipe de production de Femme d'aujourd'hui, j'explorerai comment les valeurs, les normes, les qualités, les capacités et les attentes associées à la féminité et la masculinité ont fait partie intégrante de processus décisionnels plus larges à l'œuvre àla SRC, ce qui provoqué des tensions/négociations tout au long du processus de production de l'émission. Je souhaite ainsi nuancer les perspectives qui soutiennent que l'accroissement des effectifs féminins dans les médias entraîne nécessairement des changements majeurs dans les pratiques en faveur des femmes.
Les études féministes au Québec ont contribué depuis leur émergence à enrichir le milieu québécois de la recherche et méritaient un thème fédérateur qui saurait rendre compte de cette expertise foisonnante. Le colloque « Féminismes en genre et en nombre » se veut donc un carrefour d’idées et de thèmes de recherche afin de témoigner de la richesse de la production scientifique des chercheures féministes. Il chapeautera des ateliers thématiques et des tables rondes autour des thématiques suivantes : division sexuelle du travail de soin et services sociaux, genre et médias, marché de l’emploi et rapports sociaux de sexe, violence sexuelles et conjugales, les maternités, féminisme et lesbianisme : divergences et convergences théoriques et politiques.
Ces thématiques ouvrent un espace large et ouvert de réflexions et de recherches, tout en ciblant des enjeux au cœur de la retraduction de la structure matérielle et symbolique de genre. La division sexuelle du travail productif et reproductif, les violences faites aux femmes, les contraintes à l’hétérosexualité, le pouvoir social et symbolique des médias sont, en effet, des points nodaux des rapports sociaux de sexe inégalitaires. Déjà objets de recherches depuis quelques décennies, ces thèmes sont maintenant revisités avec des outils théoriques et méthodologiques hérités des débats traversant le champ des études féministes. Notons, par exemple, ceux proposés pour penser la complexité des interactions entre les différentes formes d’inégalités sociales, l’imbrication des rapports de pouvoir et des discriminations.
Ce colloque sera l’occasion d’éclairer le foisonnement actuel des recherches sur les femmes, dans une perspective féministe ou présentant une analyse de genre. Des recherches diversifiées et actuelles qui se situent en continuité ou en rupture avec les héritages théoriques déjà nombreux en études féministes, ce qui favorise la poursuite de la réflexion et de la discussion.
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