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Kim Noisette : Université de Sherbrooke
Depuis plusieurs décennies, les commentateurs de la pensée de Hume en donnent une interprétation de plus en plus positive, à rebours d'une lecture plus ancienne qui insistait essentiellement sur son scepticisme. Notre projet s'inscrit dans cette nouvelle tendance. En effet, le Traité de la nature humaine développe un ensemble de principes de façon systématique qui constituent une conception organisée de l'esprit humain. Le Traité peut-il être lu comme une tentative de modélisation de l'esprit humain, et dans quelle mesure? L'énonciation de principes fondamentaux formalisables et laissant une grande importance aux différences de degrés semble annoncer de façon prototypique les théories computationnelles de l'esprit humain que l'on verra se développer à la fin du XXème siècle. Nous montrerons comment le livre 1 du Traité présente l'entendement comme un ensemble de structures cognitives traitant l'information et créant des croyances, comment le livre 2 ajoute à cela un principe de mouvements avec les passions, et comment le livre 3 constitue une déduction à partir du modèle créé dans les livres 1 et 2, où la mise en situation de l'être humain dans le monde est comparable au test d'un modèle dans des conditions contrôlées. Notre projet montre que la pratique philosophique peut s'avérer féconde lorsqu'elle se jette hors des sentiers habituels et qu'elle réexamine les classiques à l'aide d'outils conceptuels dont ils ne disposaient pas et à l'émergence desquels ils ont contribué.
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.