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Les mots de l'immigration et de leur circulation s'actualisent dans une sémantique de l'antonymie, de la contradiction, du rejet ou de l'inachèvement. Nous semblons être en présence d'une "valse" de termes qui s'opposent et de termes alternatifs pour dire soit l'inadéquation soit l'inaboutissement conceptuels des expressions qui disent les enjeux de l'immigration et de la diversité. Nombreuses sont encore les critiques qui soutiennent que le foisonnement terminologique des mots de l'immigration ne nous sort pas d'une impasse: la tenace survivance de la rhétorique de l'ethnicisation des rapports sociaux, celle de l'essencialisation des origines et de la différence ainsi que celle d'une relation déséquilibrée entre les acteurs de la diversité. L'entreprise terminologique sur l'immigration est encore à la recherche d'expressions qui suggèrent le compromis, l'inclusion, la convergence. Une chose est sûre, les mots "commun", "ensemble", "société", "universel" ont conquis une plus grande disponibilité. De même que les expressions "faire société", "monde commun", "humanité commune", "espace public commun", "valeurs communes". «Le vivre ensemble» devient une expression à la mode au Québec et s'impose de plus en plus comme «formule et nouveau mot de passe» de co-reconnaissance des acteurs de la diversité. Mais cette expression fait elle réellement progresser le débat ? Dit elle quelque chose de plus que ce qui s'est déjà dit ? Nous tenterons de répondre à ces interrogations.
Le CELAT (Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions) propose de tenir son colloque annuel à l’Acfas sur le thème « Lieux de passage et vivre-ensemble ». Depuis deux ans, notre centre développe une expertise sur le concept de vivre-ensemble, entendu comme les formes et les enjeux de la vie collective découlant de la diversité et du pluralisme, marquant les relations entre les groupes majoritaires et minoritaires ou minorisés et les individus qui les composent, leurs interactions et formes de vie et d’expression, leurs appartenances à des territoires, leurs langages, leurs mémoires et leurs expérimentations. Pour ce colloque, nous souhaitons explorer ce concept à travers les « lieux de passage » qui forment un véritable laboratoire des relations du nous-même au nous-autre marquant une évolution constante du vivre-ensemble. Nous entendons par lieux de passage autant des espaces physiques que des espaces temporels ou symboliques, dont les frontières sont inexistantes ou en perpétuelle redéfinition. À l’ère de la pluralisation croissante des sociétés et de la mouvance de celles-ci, le vivre-ensemble trouve toute sa pertinence dans ces lieux de passage.
Pour explorer cette thématique, une séance plénière organisée autour de ces deux notions permettra de réfléchir à ces deux notions envisagées différemment selon les implications (trans-)disciplinaires de chacun. Par la suite, quatre grands axes de recherche ont été identifiés afin de traiter de la question sous des perspectives différentes. Le premier concerne le vivre-ensemble appréhendé à travers les lieux de la mobilité pour saisir la reconceptualisation des frontières normatives, que celles-ci soient corporelles (corps et média), transnationales (mobilité franco-canadienne) ou sociétales (politique et artistique). Le deuxième axe se consacre à la trame narrative des lieux naturels et bâtis comme reflet de la collectivité, trame examinée à partir de la question de l’urbanisation diffuse à l’aune du développement durable. Le troisième explore la mise en représentation du vivre-ensemble à travers des sites patrimoniaux en crise qui connaissent une période de transition. Le quatrième s’articule autour de lieux sujets à la performativité du vivre-ensemble qui amènent une réflexion sur le rôle de l’art dans la sphère publique (l’art et la ville) ou scientifique (audio-vision et expériences du monde).