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Michaël Meyer : Université de Lausanne
Ma contribution se présentera sous la forme d'un poster et de photographies illustrant le dispositif méthodologique développé durant une ethnographie de la police en Suisse (2005-2011). Des séries de photographies, organisées en récits, ont été mobilisées comme outil de stimulation de la parole des policiers sur le terrain et comme une solution à l'opacité policière.
Au-delà d'une aide à la verbalisation durant les entretiens, il s'agissait aussi de faire appel à cette « stimulation photographique » comme adjuvant de terrain, comme ressource interactionnelle durant la présence ethnographique. Lors de l'immersion avec les patrouilles, faire passer le récit d'images de main en main a été une manière efficace de permettre aux policiers de commenter les représentations du chercheur. Ce dernier a pu par la même occasion tester ses concepts et ses essais de généralisation. Si le récit prend forme dans l'œil du chercheur-photographe, il se double donc d'une plus-value sociologique une fois confronté aux regards et aux commentaires des enquêtés-photographiés eux-mêmes.
Mon poster montre que la photographie en tant qu'objet de curiosité, de discussion et de confrontations intersubjectives peut profiter au chercheur dans son engagement sur le terrain. Elle devient un outil pour faire émerger des arrière-plans indicibles du travail.
Au croisement de l’anthropologie visuelle, de la photographie documentaire et de préoccupations proprement sociales, la sociologie visuelle s’enracine dans l’idée que le chercheur ne doit pas se limiter à élaborer un savoir sur les images, mais qu’il doit aussi compter avec les images. Elle invite ainsi à capter visuellement le monde pour rendre compte de ce qu'il donne à voir. Mais, après cette captation initiale, comment s’effectue l’expression, l’interprétation et la transmission par et avec les images, de l’expérience du social? Comment le visuel, cette « matière » d’expérience, peut-il à son tour modeler le sens?
En effet, entre l’échantillonnage des données visuelles et leur réception, un moment crucial doit être pensé : celui, critique, du montage. Il s’agit de l’étape, proprement heuristique, où s’opère la mise en ordre du sens par l’écriture visuelle, c’est-à-dire par la construction d’une narration censée restituer les « effets de présence » des images. Or, le récit par l’image ne s’élabore pas ici à travers les mots, mais bien par le montage visuel, c’est-à-dire par la combinaison de liens, de correspondances, d’analogies. Les ensembles d’images composés ouvrent alors des espaces inédits d’intelligibilité, cartographiant les sensibilités et transcrivant, par-delà le langage, la réalité de la culture et de la vie sociale.
Comment alors penser et articuler la construction d’un récit en images? Quelle est la place, voire la préséance, des récits textuels et iconologiques dans une démarche de sociologie visuelle? Comment le chercheur doit-il combiner les « effets de présence » des images tout en restant attentif aux « effets de sens » propres à l’interprétation? À la lumière de réflexions théoriques, de recherches expérimentales et de réalisations visuelles originales, le colloque vise ainsi à dégager quelques perspectives actuelles qui proposent d’explorer le social par les artefacts visuels.
Résolument pluridisciplinaires, les quatre sessions qui composent le colloque s’attardent à faire état des réflexions qui animent les recherches en cultures visuelles. Que ce soit à travers les récits filmiques et audiovisuels, l’agencement des images dans les présentations visuelles, le croisement des récits iconologiques et textuels, les montages de la presse écrite, l’écriture photographique et artistique comme les corpus très actuels des images d’amateurs… en toile de fond et en horizon de ces explorations, la trame du social est interrogée, configurée, imaginée, re-pensée.
Le colloque se place sous l'égide du CELAT (Centre interuniversitaire d'études sur les lettres, les arts et les traditions).
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