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Jeanne Allard : Université de Montréal
La présentation portera sur l'état actuel de mes recherches sur la notion de commencement dans la Science de la logique de G.W.F. Hegel considérée problématique par Daniel Guerrière (« With What Does Hegelian Science Begin? », 1977) et Cynthia Willett (« The Shadow of Hegel's Science of Logic », 1990) en raison de la pluralité des concepts identifiés: la dialectique spéculative commence à la fois par l'être immédiat, le devenir et l'absolu. Cette pluralité me paraît poser problème. À la lumière de la distinction entre méthode,syllogisme et dialectique spéculative dans « L'idée absolue » et de la limite de la déterminité dans la Doctrine de l'être, j'exposerai que: 1.l'argumentaire hégélien du commencement repose, comme le montre l'ouverture de la Science de la logique, sur son unité; 2.les analyses de Guerrière et Willett sont fondées sur la différence non des concepts du commencement, mais des rapports dans lesquels chacun d'entre eux se trouve relativement à la dialectique; 3.la méthode employée dans cette analyse du commencement comme pluralité relève d'une critique de la spéculation. J'espère montrer que le problème que pose la pluralité des commencements n'est ni un défaut d'unité, ni un manque de cohérence mais une entorse à la méthode spéculative où ce qui est dépassé n'est pas extérieur et distinct, mais absolu et conservé. L'hypothèse de Guerrière et Willett doit être comprise comme une tentative de poser le commencement hors spéculation.
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.