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Joël Boudreault : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
Le problème de l'existence effective du monde sensible a préoccupé les philosophes sceptiques depuis l'Antiquité et les philosophes modernes ne font pas exception. L'attention particulière que Descartes accorde à ce problème montre bien l'importance de cette question quant au fondement de la philosophie et des sciences. En effet, dans ses Méditations,
Descartes résout ce problème grâce à sa preuve de l'existence de Dieu et de sa bonté nécessaire. Par contre, sa solution résout-elle vraiment le problème de manière à convaincre un sceptique? Il semble que non, du moins c'est ce que l'on voit dans les textes de Foucher lorsqu'il est question de ce problème. L'intervention se concentrera donc autour de ce problème de l'existence du monde sensible. Il sera essentiel de comprendre en un premier temps le problème tel qu'il est présenté par les philosophes de l'Antiquité, particulièrement
ceux de la Nouvelle Académie, afin de mieux pouvoir l'adapter au contexte cartésien. En partant de ce point, il sera possible d'évaluer la tentative que Descartes met de l'avant pour résoudre ce problème et de comprendre les critiques que Foucher y oppose. Cela permettra par la suite de comprendre les différents dialogues que Foucher a eus avec Leibniz et Malebranche à propos de ce problème.
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.