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Jean Francois Maheux : UQAM - Université du Québec à Montréal
La théorie de l'instrumentation de Rabardel, au centre de la recherche sur l'utilisation de la technologie en didactique des mathématiques et à plusieurs égards fondée dans la théorie de l'activité de Vygotsky et ses successeurs, aborde l'activité épistémique du sujet en termes de représentions (connaissances disponibles au sujet indépendamment des situations et outils où elles ont été observées). Cette perspective correspond moins aux récents travaux rapprochant la théorie de l'activité de l'expérience du sujet, où le représentationalisme fait place à une épistémologie de la connaissance émergeant de/dans l'action. Comment aborder la technologie ainsi, dans l'immanence?
Cette étude théorique appuyée sur Heidegger propose de faire place aux dimensions dysfonctionnelles, disruptives et inopérationnalisables des outils technologiques (ou non) comme condition de leur existence comme instrument. Envisager un rapport non-instrumental à la technologie (i.e. l'instrument comme moyen pour une fin) nous rapproche de l'expérience que nous en faisons, et met l'accent sur le pouvoir créateur mis en marche par cette présence provocatrice comme alternative au représentationalisme. S'intéressant à l'action dans son émergence, on rejoint les développements récents de la théorie de l'activité, et en offrant les « imperfections » de la technologie comme moteur de l'activité mathématique, on ouvre ces innovations à la didactique des mathématiques.
Depuis plusieurs années, en sciences de l’éducation comme dans d’autres disciplines, on observe un intérêt grandissant pour les théories historico-socioculturelles. Parmi celles‑ci, mentionnons la théorie de l’activité, la cognition située, la clinique de l’activité et les communautés de pratique. Ces théories s’inscrivent dans la foulée des travaux de Vygotski, mais tirent également leurs sources des théories du langage, de l’interactionnisme symbolique et du pragmatisme. Elles s’appuient toutes sur l’idée selon laquelle les individus apprennent et se développent par la médiation sociale et par l’utilisation et la transformation des artefacts issus de la culture à laquelle ils appartiennent. Dans cette perspective, l’étude de l’activité, de l’apprentissage et du développement ne peut être pensée en dehors d’un contexte donné et de sa dimension culturelle. Ce colloque entend examiner des propositions qui sont explicitement en lien avec les théories historico-socioculturelles, que ce soit du point de vue épistémologique, théorique ou méthodologique. Tous ensemble, nous chercherons à mieux cerner l’apport de ces théories à la compréhension et à l’intervention en lien avec l’apprentissage en contexte scolaire, mais aussi dans d’autres contextes d’apprentissage formels ou informels, par exemple, les environnements d’apprentissage numériques et hybrides, les milieux de travail ainsi que les musées. L’utilisation de ces théories amène plusieurs défis : délimitation de l’objet de recherche et de l’unité d’analyse, établissement d’un réseau d’acteurs impliqués, conciliation entre la complexité des contextes d’intervention et des impératifs de systématicité de la recherche, définitions et natures possibles de la médiation, notions de tensions et de contradictions, etc. Ce colloque se veut une occasion de favoriser le croisement de perspectives de recherche et d’enrichir la réflexion autour des théories historico-socioculturelles.
Titre du colloque :