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Alfredo Ramirez-Villagra : Université Laval
Les récentes mobilisations des étudiants au Chili et au Québec ont divers points en commun. Si la revendication pour une éducation plus accessible et autonome des préoccupations du marché économique est transversale aux demandes des étudiants aux deux extrêmes de l'Amérique, la manière dont se réalisent les mobilisations respectives est apparentée, en particulier en ce qui concerne le caractère artistique des actions. On peut utiliser ces expressions pour parler du rapport entre art et politique débouchant sur l'art engagé, ou encore de la construction d'espaces de création sociopolitique. Cependant, notre intention est plutôt de situer l'expression artistique sur le plan des revendications politiques exercées par la citoyenneté face à l'État et comme une manière de renouveler l'implication citoyenne dans la prise de décisions relative aux politiques publiques. Ces formes artistiques articulent autrement l'agir politique et l'implication du citoyen, réinventant le rapport politique entre ce dernier et l'État. J'explorerai donc la relation entre art, politique et implication citoyenne, et leur rapport avec l'État, à partir des moyens artistiques utilisés par les étudiants pour faire appel à la société civile et les rallier à leurs positions. La comparaison entre le Québec et le Chili permettra aussi de mettre en relief certaines des conséquences de ces manifestations et leurs apports au vivre ensemble dans des contextes et systèmes politico-législatifs différents.
Le CELAT (Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions) propose de tenir son colloque annuel à l’Acfas sur le thème « Lieux de passage et vivre-ensemble ». Depuis deux ans, notre centre développe une expertise sur le concept de vivre-ensemble, entendu comme les formes et les enjeux de la vie collective découlant de la diversité et du pluralisme, marquant les relations entre les groupes majoritaires et minoritaires ou minorisés et les individus qui les composent, leurs interactions et formes de vie et d’expression, leurs appartenances à des territoires, leurs langages, leurs mémoires et leurs expérimentations. Pour ce colloque, nous souhaitons explorer ce concept à travers les « lieux de passage » qui forment un véritable laboratoire des relations du nous-même au nous-autre marquant une évolution constante du vivre-ensemble. Nous entendons par lieux de passage autant des espaces physiques que des espaces temporels ou symboliques, dont les frontières sont inexistantes ou en perpétuelle redéfinition. À l’ère de la pluralisation croissante des sociétés et de la mouvance de celles-ci, le vivre-ensemble trouve toute sa pertinence dans ces lieux de passage.
Pour explorer cette thématique, une séance plénière organisée autour de ces deux notions permettra de réfléchir à ces deux notions envisagées différemment selon les implications (trans-)disciplinaires de chacun. Par la suite, quatre grands axes de recherche ont été identifiés afin de traiter de la question sous des perspectives différentes. Le premier concerne le vivre-ensemble appréhendé à travers les lieux de la mobilité pour saisir la reconceptualisation des frontières normatives, que celles-ci soient corporelles (corps et média), transnationales (mobilité franco-canadienne) ou sociétales (politique et artistique). Le deuxième axe se consacre à la trame narrative des lieux naturels et bâtis comme reflet de la collectivité, trame examinée à partir de la question de l’urbanisation diffuse à l’aune du développement durable. Le troisième explore la mise en représentation du vivre-ensemble à travers des sites patrimoniaux en crise qui connaissent une période de transition. Le quatrième s’articule autour de lieux sujets à la performativité du vivre-ensemble qui amènent une réflexion sur le rôle de l’art dans la sphère publique (l’art et la ville) ou scientifique (audio-vision et expériences du monde).
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