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Nathalie Raulet-Croset : Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Cette communication s'intéresse à une méthode ethnographique spécifique, celle des parcours commentés, et défend l'idée qu'elle permet d'appréhender la dimension spatiale des pratiques dans les organisations. La méthode s'appuie sur un « shadowing » spatialisé, dans la mesure où le chercheur marche avec la personne observée, et converse avec elle, pour analyser son rapport à l'espace. L'espace est analysé en tant qu'il est constitutif des pratiques organisationnelles et en particulier de la coordination entre acteurs. L'espace joue sur la coordination, car il se crée sur l'espace des frontières matérielles et symboliques, qui créent des cohésions ou peuvent au contraire repousser certains acteurs. Le cas empirique est celui de la prise en charge des phénomènes d'incivilités urbaines, au sein d'organisations mouvantes et éphémères, qui réunissent des acteurs autour de ces phénomènes considérés comme volatiles et récurrents.
Ce colloque sera l’occasion de discuter des pratiques émergentes de l’ethnographie organisationnelle et de souligner sa contribution à la compréhension des organisations. Les travaux de recherche relevant de l’ethnographie organisationnelle ont contribué à explorer, au quotidien, les pratiques des acteurs, et plus précisément de « voir les organisations de l’intérieur » (Laude, 2012) que ce soit des entreprises privées, des hôpitaux, des organisations gouvernementales ou non (Orr, 1996; Grosjean et Lacoste, 1999). Or, les organisations contemporaines se complexifient et évoluent dans un environnement mouvant et incertain. Elles sont devenues plus complexes, fragmentées, dispersées (Borzeix et Cochoy, 2008). Pour tenter de saisir et comprendre toute cette complexité, les chercheurs adoptent une conception dynamique de l’organisation (Langley et Tsoukas, 2010), celle-ci apparaissant alors comme le produit d’un travail continu d’« organizing » (Czarniawska, 2009). Le but est alors de mieux comprendre comment une organisation se constitue, évolue, se transforme, innove, apprend, négocie ses tensions internes et parfois s’effondre, en se positionnant au cœur de l’action, au cœur de l’organisation. Les chercheurs font l’hypothèse que la compréhension des pratiques effectives des acteurs organisationnels, de la manière d’agir et d’être d’une organisation passe par un travail de type ethnographique. On constate que les méthodes mises en œuvre dans des travaux récents se diversifient et évoluent afin de rendre compte du travail d’organisation (« organizing ») qui s’accomplit au quotidien, et de saisir toute la complexité des organisations (Ybema et al., 2009; Yanow, 2009; Watson, 2011). On voit émerger de nouvelles formes d’ethnographie organisationnelle telles que : le shadowing, l’ethnographie multimodale, la photoethnographie, l’autoethnographie, etc.; autant de pratiques émergentes que nous souhaitons discuter dans le cadre de ce colloque.
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