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Raphaele Bertho : Université Bordeaux Montaigne
Alors même que la notion de participation est l'une des thématiques majeure des politiques urbaines contemporaines, voir même l'axiome primordial des processus de transformation de l'espace de la ville, les habitants semblent paradoxalement absent des représentations des projets urbains. Leurs mises en image, analysée ici à partir d'un corpus de projet d'écoquartier, ne lui accorde en effet qu'un place accessoire, voir même d'accessoire du bâti : ces silhouettes s'effacent littéralement pour laisser place à la structure architecturale.
Une disparition de l'individu dans l'iconographie institutionnelle du vivre-ensemble à laquelle répond des dispositifs artistiques de mise en image de ces habitants au sein de l'espace urbain. A travers un réinvestissement, et une forme de détournement, de cette iconographie dans le travail d'Alban Lécuyer. Mais aussi in situ, dans la ville elle-même, dans les lieux de passage de l'espace public, à travers les projets portés par l'artiste JR et dont le succès mondial permet d'élargir le questionnement.
Voilà près de 10 ans que le français placarde ces immenses photographies d'illustrent inconnus sur les murs du monde entier. Avec le projet Inside Out développé depuis 2011, le dispositif est réapproprié et sa puissance formelle mise au service d'une reconquête de l'espace public urbain par les sans-voix et sans –visages de l'espace politique et social, à travers l'exposition de ces anonymes devenus visages de la singularité quelconque.
Le CELAT (Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions) propose de tenir son colloque annuel à l’Acfas sur le thème « Lieux de passage et vivre-ensemble ». Depuis deux ans, notre centre développe une expertise sur le concept de vivre-ensemble, entendu comme les formes et les enjeux de la vie collective découlant de la diversité et du pluralisme, marquant les relations entre les groupes majoritaires et minoritaires ou minorisés et les individus qui les composent, leurs interactions et formes de vie et d’expression, leurs appartenances à des territoires, leurs langages, leurs mémoires et leurs expérimentations. Pour ce colloque, nous souhaitons explorer ce concept à travers les « lieux de passage » qui forment un véritable laboratoire des relations du nous-même au nous-autre marquant une évolution constante du vivre-ensemble. Nous entendons par lieux de passage autant des espaces physiques que des espaces temporels ou symboliques, dont les frontières sont inexistantes ou en perpétuelle redéfinition. À l’ère de la pluralisation croissante des sociétés et de la mouvance de celles-ci, le vivre-ensemble trouve toute sa pertinence dans ces lieux de passage.
Pour explorer cette thématique, une séance plénière organisée autour de ces deux notions permettra de réfléchir à ces deux notions envisagées différemment selon les implications (trans-)disciplinaires de chacun. Par la suite, quatre grands axes de recherche ont été identifiés afin de traiter de la question sous des perspectives différentes. Le premier concerne le vivre-ensemble appréhendé à travers les lieux de la mobilité pour saisir la reconceptualisation des frontières normatives, que celles-ci soient corporelles (corps et média), transnationales (mobilité franco-canadienne) ou sociétales (politique et artistique). Le deuxième axe se consacre à la trame narrative des lieux naturels et bâtis comme reflet de la collectivité, trame examinée à partir de la question de l’urbanisation diffuse à l’aune du développement durable. Le troisième explore la mise en représentation du vivre-ensemble à travers des sites patrimoniaux en crise qui connaissent une période de transition. Le quatrième s’articule autour de lieux sujets à la performativité du vivre-ensemble qui amènent une réflexion sur le rôle de l’art dans la sphère publique (l’art et la ville) ou scientifique (audio-vision et expériences du monde).
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