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Thibault Martin : UQO - Université du Québec en Outaouais
Au total, 12 000 soldats autochtones participèrent aux deux guerres mondiales et à la guerre de Corée. Les études ont mis en lumière le traitement inéquitable subi par les vétérans autochtones une fois démobilisés : refus de leur accorder les mêmes avantages que ceux dont bénéficiaient les autres vétérans, réduction et parfois détournement des allocations versées aux dépendants des soldats. Ce traitement différencié fit prendre conscience aux vétérans des Premières Nations que le Canada ne voyait pas en eux des égaux, mais des mineurs. Ce constat fut d'autant plus décevant que sur le champ de bataille ils avaient fait l'expérience de l'égalité démocratique. Cette déception incita plusieurs vétérans autochtones à initier des mouvements de revendications politiques par lesquels ils réclamaient l'égalité des droits et des chances. C'est ainsi qu'ils créèrent les premières « ligues » autochtones d'où allaient naître les grandes organisations autochtones pancanadiennes que l'on connait aujourd'hui. Toutefois, depuis la fin des années 1970, les leaders autochtones ne réclament plus l'égalité « républicaine », mais réclament plutôt l'égalité dans la différence des statuts et des droits, notamment collectifs. L'objectif de cette communication est de comprendre le rôle que jouèrent les vétérans autochtones dans l'émergence de ces nouvelles revendications.
Comment l'armée en tant qu'expérience sociale colore-t-elle les épreuves qui jalonnent le retour à la vie civile des militaires? Du point de vue historique et contemporain, notre intérêt se portera en particulier sur des groupes minoritaires au sein de l'armée, mais occupant, depuis quelques années, une place importante dans l'historiographie militaire.
Ce colloque portera sur le retour à la vie civile de groupes minoritaires au sein de l’armée (femmes, Autochtones et minorités ethniques). Nous explorerons ce thème des points de vue historique et contemporain. Alors que les périodes de post-conflits sont de manière générale le théâtre d’une unité nationale retrouvée (Bucaille, 2006), la participation des minorités ethniques ou des Autochtones à l’effort de guerre, au Canada, est longtemps demeurée inavouée (Macfarlane, 2006). Par exemple, les témoignages des vétérans autochtones engagés dans les grands conflits mondiaux du 20e siècle mettent l’accent sur l’expérience de l’égalité et l’absence de distinction ethnique à l’intérieur de l’armée. Or, au retour de l’armée et de la guerre, les vétérans autochtones firent face à de nombreuses discriminations. Le retour au Canada cimenta ainsi leur conscience d’appartenir à une minorité dont l'horizon commun était la domination et de la discrimination; la guerre jouant le rôle d’« agent d’autochtonisation » (Martin, 2009). D’un point de vue contemporain, la fin de la conscription transforme l’armée en tant qu’institution sociale. Celle-ci tend aujourd’hui, au Canada, à être, non plus au service de la nation, mais à l’image de celle-ci. La multiplication, par exemple des programmes pour enrôler au sein des forces armées des membres des minorités témoigne de ce processus de rapprochement entre l’armée et la société canadienne. De quelle manière agissent les « nouveaux » vétérans après avoir fait l’expérience d’une armée qui valorise la diversité et reconnaît désormais les individus comme porteurs d’une identité collective?
Le retour à la vie civile ne se pose pas qu’en termes d’acteurs historique ou politique, individuel ou collectif. Le problème de la déstructuration, de la destruction et de la violence auxquelles ont été confrontés les militaires pèsent sur le retour à la vie civile et sur la capacité des individus à affronter les épreuves de la société qu’ils ont quittée parfois pendant de nombreuses années. L’abondance des travaux de psychiatrie sur les traumatismes de guerre en témoigne (Crocq, 1999). L’expérience du retour à la vie civile des anciens combattants ou des vétérans demeure relativement méconnue si ce n’est au travers des représentations médiatiques de jeunes vétérans meurtris physiquement, en détresse psychique ou de héros de guerre commémorant le souvenir de leurs camarades. Pour le dire autrement, les figures de la victime ou du héros s’imposent et révèlent en creux les enjeux de la construction d’un récit national.