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Caroline Herasse : Université de Lorraine
Cette communication se propose d'interroger le champ des représentations qui structurent notre imaginaire, collectif et aussi individuel, en matière de viol. Appuyer en cela sur des analyses issues du travail de thèse – en cours – il s'agira de déconstruire le mythe du viol. Que nous dit-il ? Que le viol n'existe que rarement, qu'il prend scène dans un cadre spécifique – l'espace public, jamais le privé –, que les protagonistes sont un homme contre une femme – un monstre, un maniaque, contre une victime imprudente, naïve. Et le sens commun continue la répartition des rôles : la femme, celle qui provoque, celle qui n'ose pas, celle qui émet des signaux poussant l'homme à passer à l'acte. L'homme, celui aux besoins croissants, celui qui est frustré, celui qui cède aux pulsions, à ces instincts sexuels les plus bas. Dès lors, le viol, le vrai, ne peut être que brutale, fait de coups, de menaces, de cris. Un assaut sexuel où l'un exprime avec force un désir quasi animal ; où l'autre affirme vivement son non-consentement, se défend, exprime son refus à tout prix. Le viol, d'autant si l'on considère sa forme hétéronormée, apparait comme une agression sexuée. Ainsi, si le phénomène symbolise la négation sujet, l'on note aussi combien la femme est sexualisée et réifiée dans les représentations du viol. Le mythe, dans tous les cas, limite le champ de perception et de compréhension du phénomène, participe de la négation des réalités telles qu'elles sont objectivement vécues.
Le colloque propose de réfléchir sur les frontières entre le privé et le politique au regard des violences sexuelles, conjugales et politiques. Nous nous demanderons dans quelle mesure le privé peut et doit devenir plus politique pour mettre fin à ces violences. Contextuelles, elles se forment en déformant et déplaçant les espaces sécuritaires. Individuelles et collectives, elles se posent en s’opposant à la stricte séparation des sphères privée et publique. Mais jusqu’où le privé peut-il devenir politique et jusqu’où le privé doit-il être politisé ? Jusqu’où peut-il relever du droit à l’information ?
Sachant que certains outils des nouvelles technologies de communication permettent de prouver mieux que jamais les violences domestiques ou sociales, on commence à équiper les personnes victimes de violence de téléphones de sécurité. En visant à diminuer les risques de revictimisation, on complexifierait paradoxalement la lutte contre ces violences. À mesure des progrès faits en matière de violence, on les amènerait à se subtiliser.
Suite aux études des violences sexuelles, l’émergence sociale et la conscientisation politique des violences conjugales ont particulièrement attiré notre attention. Nous verrons que les violences politiques et systémiques n’y sont pas non plus étrangères. La politisation des violences sexuelles et conjugales peut contribuer à égaliser les rapports de pouvoir et les autres rapports sociaux entre hommes et femmes. Ces violences n’étant pas un destin irrémédiable et se complexifiant proportionnellement au développement des droits des femmes, elles peuvent être combattues, limitées, voire éliminées.
Face à la porosité des frontières entre le privé et le politique dans les nouveaux enjeux relatifs à ces violences, on peut penser que la politique est à la fois le mal et la solution du mal, qu’elle se forme en les réformant. Au regard de nouvelles lectures (biopolitique, épistémologique, sociale, interventionniste, etc.), les interventions se situeront tant sur le plan politique, théorique et public que sur le terrain communautaire. Ce colloque multisectoriel s’adresse à tou(te)s, intervenant(e)s et chercheur(e)s intéressé(e)s aux politiques publiques de prévention et protection des victimes de violence, aux politiques sociales de réduction des méfaits et besoins des victimes de populations vulnérabilisées, notamment les femmes, les enfants et les aîné(e)s. Pour contrer à plus long terme les nouvelles formes de violence qu’elles vivent socialement ou potentiellement, il est urgent de former de nouvelles alliances interdisciplinaires, politiques, sociales et communautaires.