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Diego-Alejandro Aguilar Beauregard : Université Laval
Dans La parole pamphlétaire (1982) de Marc Angenot, un chapitre intitulé « Remarques sur l'essai littéraire » propose de théoriser l'essai selon deux catégories distinctes, soit l'essai cognitif et l'essai méditatif. N'appartenant à aucune des deux catégories, « À l'agité du bocal » de Louis-Ferdinand Céline en conserve néanmoins quelques aspects, détournés sous une forme hyperbolique au profit d'une esthétique de l'outrance (Tettamanzi). En observant l'essai « Portrait de l'antisémite » se transformer en véritable caricature sous la plume de Céline, nous pourrions donc simplement conclure que le pamphlet serait une forme exagérée de l'essai qui cherche à rejeter l'autre en le ridiculisant.
Bien qu'une comparaison entre l'essai – en occurrence celui de Jean-Paul Sartre intitulé « Portrait de l'antisémite » (1945) – et le pamphlet nous aidera à mieux définir la forme pamphlétaire en général, nous proposons cependant d'illustrer comment la nature littéraire du pamphlet « À l'agité du bocal » se distingue par la mise en œuvre d'un subtil jeu stylistique de rejet-appropriation. Le rejet (l'excrétion) de l'autre qui apparaît au début de « L'agité du bocal » se transforme progressivement en ingestion « stylistique ». Ayant le privilège de subir le baptême de la prose célinienne, le « satané » Jean-Paul Sartre devient en quelque sorte un monstre « sacré ». Évitant un débat d'idées perdu d'avance, Céline cherche plutôt à triompher devant Sartre par le style.
L.-F. Céline, l'un des plus grands romanciers du vingtième siècle, a également été, dans les trois pamphlets d’une rare violence verbale qu'il a publiés et réédités entre 1937 et 1943, mais aussi dans un nombre important de lettres envoyées aux journaux de l'époque, un apôtre zélé de l'antisémitisme. Il serait certes tentant de résoudre ce paradoxe en décrétant que l’odieux pamphlétaire antisémite a été, au mieux, une curiosité littéraire, au pire, un romancier médiocre. Ou encore que les pamphlets du romancier génial ne furent qu'une marotte littéraire, qu'une « bagatelle » sans conséquence. Les textes sont cependant là, et tous ceux qui ont voulu « relativiser » l'importance des romans ou l'horreur des pamphlets ont échoué. Bien que, depuis les années 70, la critique célinienne (avec les travaux de P. Muray et J. Kristeva) a repensé l'étanchéité de la frontière entre les corpus romanesques et pamphlétaires et que, grâce à la publication de l'étude importante de R. Tettamanzi dans les années 90 (Esthétique de l'outrance), les pamphlets ont pu finalement être considérés comme des « objets d'étude scientifiques », c'est la levée de l'interdit éditorial qui seule pourra permettre une véritable relance de la recherche universitaire sur l'œuvre bipolaire de cet écrivain. Mettant fin à la longue éclipse de l'espace public des pamphlets, leur récente publication aux Éditions 8, dans une édition critique de R. Tettamanzi, constitue ainsi un jalon important dans la réception de l'œuvre de Céline. Notre colloque cherche à réunir des chercheuses et des chercheurs afin de s'interroger sur cette publication. Quels en sont les bénéfices et les risques? De façon plus large, le colloque se voudrait l'occasion de faire un bilan des connaissances acquises par la critique sur les pamphlets et de proposer des réflexions nouvelles sur ceux-ci et sur la place qu'ils occupent dans l'œuvre de Céline.
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